Source: Jacques Languirand, Prévenir le burn-out,Édition Héritage, Montréal, p.120
Dans notre société à lintégration poussée, un faux altruisme paraît recouvrir le phénomène de la prise en charge systématique des individus. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur les motivations obscures de certains intervenants, en particulier dans le domaine de la santé et du bien-être.
«Il est une maladie dont aucun professionnel de la santé ne parle et qui nest décrite dans aucun traité médical. Cette maladie contraint les sujets qui en sont atteints à rechercher toute personne souffrante et à tenter de la guérir de gré ou de force», écrit Pascal Prayez dans «La fureur thérapeutique ou la passion de guérir» (Retz)
Et il continue: «Guérir autrui de gré ou de force apparaît parfois comme un curieux symptôme. Pourquoi tant dindividus, médecins, psychologues, psychanalystes ou même guérisseurs, sont-ils atteints de cette furor therapeuticus?
Les praticiens qui veulent du bien à leurs semblables ne sont-ils pas des malades qui signorent?
Doù vient ce sens aigu de la responsabilité qui frise parfois la culpabilité?»
Mais la dimension sociologique de la prise en charge dépasse largement lintervention thérapeutique: on la retrouve aujourdhui dans tous les domaines dactivités. À une époque de surspécialisation, lindividu se trouve pour ainsi dire démuni - jusquà être dans lincapacité, par exemple pour un citoyen moyen, de remplir lui-même sa déclaration dimpôt... La tendance est de plus en plus à remettre aux autres la responsabilité de nos vies.
Le phénomène peut aussi être considéré de lautre point de vue: non plus celui de lindividu intégré de force dans le système, mais de lindividu intégrateur, lui-même intégré par ailleurs, dont la survie dépend de son habileté professionnelle ou personnelle à prendre les autres en charge.
Sous couvert de laltruisme.
Virage, Volume 6 Numéro 2, Hiver 2000
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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