Vieillissement et santé mentale

Source: La vieillesse: voie d’évitement... ou voie d’avenir? Le Comité de la santé mentale du Québec, Gaëtan Morin éditeur, 138 pp.1992.

Une personne âgée en bonne santé mentale est celle qui est capable de vivre et d’exprimer ses émotions de façon appropriée, de bien raisonner, d’être en relation satisfaisante avec son entourage, d’occuper sa place dans la société et d’exercer son pouvoir de décision.

«Quand on a la santé, on a toujours des amis. Quand on est malade, le monde nous oublie vite. Les proches ne viennent plus nous voir. De toute façon, bon ou mauvais amis, quand on est malade, on est plus capable de suivre.»

«La santé c’est tout; quand on a la santé, on a tout. La santé, c’est la première chose pour être heureux. Être en santé, c’est notre plus grande préoccupation.»

(Commentaires de personnes âgées)

Santé = Garantie

Au fur et à mesure que les années s’accumulent derrière nous, nous réalisons à quel point la santé est la principale garantie d’une vieillesse confortable. En effet, la sécurité économique, la famille, le réseau social sont moins appréciables sans une bonne santé. Mais qu’entendons-nous par bonne santé? Nous avons malheureusement tendance à considérer davantage l’aspect physique au détriment de la santé mentale. Pourtant, l’absence de maladie mentale n’est pas l’assurance d’une bonne santé mentale.

Au cours du dernier demi-siècle, la population du Québec a augmenté deux fois plus vite que la moyenne générale, et la tendance s’accentue. Vers l’an 2030, le Québec pourrait même compter 1,5 million de personnes de 65 ans et plus, soit près du quart de sa population. Dans ces conditions démographiques, la santé sera, tant du point de vue physique que mentale, la richesse la plus précieuse sur laquelle les personnes âgées pourront s’appuyer pour vivre dans des conditions appréciables.

Vieillissement «normal»

Mais quelles sont les caractéristiques nous permettant de qualifier le vieillissement d’une personne de «normal» ou de «réussi» pour employer le langage des chercheurs?

À la lecture de ces caractéristiques, nous constatons toute l’importance que prend la responsabilisation de la personne âgée à l’égard de sa propre santé. Ce concept d’auto-santé promu par le mouvement des femmes dans les années ’’70 a suscité une prise de conscience nouvelle en même temps qu’une meilleure connaissance du fonctionnement de l’organisme humain, d’où un nouvel intérêt pour mieux s’y ajuster et mieux l’assumer.

Sous l’angle de la perception de la santé globale, l’effet d’interdépendance entre la santé physique et mentale prend toute sa signification.

«Il y a des gens qui commencent à se préparer à mourir quand ils approchent de 70 ans. Il y en a d’autres qui se préparent à vivre jusqu’à ce qu’ils aient 90 ans. Si ceux qui se préparent à vivre jusqu’à 90 ans meurent à 70, ils ne sauront pas la différence... Mais si ceux qui se préparent à mourir à 70 vivent jusqu’à 90, les 20 dernières années peuvent être infernales.»
(Un aîné de 93 ans)

Comme on a vécu...

L’analyse des liens entre le vieillissement, la santé physique et la santé mentale a démontré que le troisième âge constitue une étape de la vie qui s’inscrit en continuité avec les étapes antérieures. Ce qui est vrai pour la santé physique l’est également pour la dimension psychologique.

La confiance en soi

La confiance en soi s’acquiert lors de l’apprentissage du sens des responsabilités. Pour se développer puis se maintenir, elle nécessite que l’individu s’engage dans des tâches précises, où il se sent valorisé.

Au moment de la retraite, une personne peut parfois se remettre en question, se jugeant peu utile à la société. Elle peut même en arriver à agir d’une manière qui mettra en péril sa confiance, son estime de soi et, en définitive, sa santé mentale.

La liberté

Les personnes âgées accordent beaucoup d’importance à la «liberté de faire ce qu’ils veulent». Dans le cas contraire, cette «perte de contrôle» influence directement la notion de confiance en soi, la capacité de s’affirmer, d’exprimer ses émotions, de s’accepter tel que l’on est et d’avoir une image positive de soi.

À la maison comme en établissement, c’est d’abord l’attitude positive de la personne âgée qui assure sa liberté et son autonomie. Le rôle de la famille, des proches et des intervenants consiste donc à aider la personne à maintenir cette attitude.

Le respect

Les aînés réclament que soit enrayée la marginalisation des personnes âgées. La majorité souhaite occuper une place dans la société, se sentir aimé et utile. Ces besoins exprimés sont à l’origine d’une bonne santé mentale tant pour les personnes âgées que pour les adultes de tous âges.

Pourtant, les personnes âgées vivent souvent des situations dans lesquelles elles ne sont pas respectées. Les atteintes à l’intégrité peuvent prendre diverses formes: l’humiliation, le blâme, la culpabilité, l’intimidation, l’infantilisation, le harcèlement, la manipulation et la prise de décision à la place de la personne.

Se sentir constamment diminué, non accepté, quand ce n’est pas tout simplement rejeté, devient pour l’individu âgé un supplice qui le conduit parfois au repli complet sur lui-même. Une telle situation peut affecter autant la personne vivant en établissement que celle qui demeure à domicile.

Le milieu de vie

Les relations conjugales et familiales agissent de plusieurs manières sur la santé mentale des personnes âgées notamment comme lieux d’échange de services et de soutien, comme source d’identité et d’estime de soi, comme moyen d’intégration dans la vie sociale.

Les personnes âgées l’ont maintes fois exprimé: elles préfèrent vivre dans la communauté, dans un milieu qui leur est familier.

Parmi la population âgée, ce sont surtout les femmes qui vivent de plus en plus seules. À cause des dangers d’isolement qu’elle présente et de l’insécurité dont elle est parfois la source, cette situation peut influencer fortement sur la santé mentale.

En conclusion

De toute évidence, les liens entre, d’une part, la santé physique, les ressources personnelles, le réseau social et les facteurs environnementaux et, d’autre part, la santé mentale des personnes âgées sont étroitement reliés. Les personnes âgées souhaitent prendre leur avenir en main et construire leur réalité propre. Ils souhaitent également être en mesure d’influencer leur qualité de vie et participer activement à la vie du milieu.

La santé mentale des aînés ne doit pas être la préoccupation exclusive des gouvernements,c’est l’affaire de tous, des gens de tous les âges. De la coopération émergera la possibilité pour toutes les personnes vieillissantes de s’épanouir.

Virage, Volume 1 Numéro 1, Automne 1995

L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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