Vieillir, c’est pas la fin du monde

Source: Extrait. Monique Roy, Châtelaine, février 2003.

L’âge est-il une maladie honteuse? Est-ce impensable davancer dans la vie avec son visage et son corps d’origine?

Souvent, j’y pense. Devant le miroir du matin, je tire et tire ma peau qui devient lisse, lisse... Un lifting? Un tout petit, un mini? J’y pense. Et puis j’oublie...

Les femmes doivent-elles forcément s’identifier - quel que soit leur âge - à la nymphette ultra-mince, à son visage immuable, à ses seins de béton, à sa bouche hyper-gonflée? À Châtelaine, on s’est demandé pourquoi les femmes ne s’aiment pas davantage. Pourquoi elles souffrent d’un déficit d’estime.

Estime, où te caches-tu?

La psychologue Lynne Bibeau reçoit en consultation de nombreuses femmes - et de plus en plus d’hommes - honteuses d’avouer qu’elles n’aiment pas leur apparence physique et que cela gâche leur vie. C’est peine perdue, croit-elle, de leur faire des discours sur l’effet pernicieux de la publicité, des médias et de la tendance du jour: la chirurgie esthétique. Ce que les féministes américaines appellent le body fascism (le facisme du corps). Lynne Bibeau préfère s’attaquer aux racines du mal: la faible estime de soi.

Dans un monde idéal, c’est au sein de la famille qu’on développe une image de soi positive. On se construit sous le regard affectueux et admiratif des parents. Mais il arrive que cela ne se passe pas ainsi, les parents eux-mêmes n’ayant pas corrigé les blessures narcissiques de leur propre enfance vécue avec des parents qui eux non plus... Ainsi de suite. Et dans les failles de l’identité s’inscrivent des attentes irréalistes pour combler le manque de confiance en soi.

Si, à l’âge adulte, on réagit encore comme une adolescente face au regard de l’autre. Si on se sent indigne d’amour et d’attentions. Si on se sent terrorisée par la beauté à tout prix, si on «pédale dans le vide», si la recherche du corps parfait et de la jeunesse coûte que coûte est devenue le but ultime de notre existence, c’est une souffrance de tous les instants. Il est urgent de rechercher une aide thérapeutique. Pour tenter de décortiquer son mal-être, de l’éclairer, pour enfin comprendre et ressentir que beauté et jeunesse ne sont pas un passeport pour une vie harmonieuse, le bonheur assuré.

Opération charme

La comédienne Andrée Lachapelle ne condamne pas celles qui n’acceptent pas de vieillir à visage découvert, mais elle refuse pour elle-même la chirurgie esthétique et invite les lectrices de Châtelaine à «être plus généreuses avec elles-mêmes»... «Ce ne sont pas les rides que les gens regardent chez une femme, mais le charme qu’elle dégage.» Elle trouve carrément «pathologique» cette hantise de la vieillesse. Elle a des amis qui refusent de sortir parce qu’ils ne veulent pas se montrer vieux. «Comme si l’amour et l’amitié reposaient sur les apparences.»

Du charme, Geneviève Bujold en a à revendre. Il fallait la voir dans une entrevue télévisée d’une rare authenticité avouer candidement ses 60 ans et déclarer du même souffle: «Je me sens belle... Je joue des rôles de mon âge.» Où est le problème? semblait dire la comédienne aux cheveux gris et au visage nu qui, même si elle vit à Malibu, la Mecque du modèle unique, est restée elle-même.Souveraine.

Et si nous décidions de l’aimer une fois pour toutes, ce corps imparfait? C’est là que s’inscrit notre histoire, jour après jour. Et si nous apprenions à nos filles, qui à leur tour apprendraient à leurs filles à s’accepter comme elles sont... Libres.

Virage, Volume 8 Numéro 3, Printemps 2003

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