L’importance de se confier

Source: Simone Piuze, Le bel Âge, février 1996.

Pouvoir parler à quelqu’un en toute confiance, c’est un besoin fondamental de l’être humain.

«Ma fille est ma confidente, affirme Pierrette, la soixantaine heureuse. Je lui dit tout, mes joies comme mes peines. Je la surnomme en riant, ma psychiatre! Je ne sais pas ce que je ferais sans elle. On a tellement besoin de se confier!»

Se confier: faire des confidences, épancher son coeur, se reposer sur quelqu’un en qui l’on a confiance... Voilà un besoin fondamental de l’être humain. Il n’est pas toujours facile, cependant, de trouver la personne en qui l’on pourra, en toute confiance, se raconter. Mais c’est possible si on le souhaite vraiment. Il pourra s’agir d’un parent ou d’un ami. Ou thérapeute, particulièrement au moment d’épreuves, de crises ou de changements qui bouleversent notre vie: entre autres choses, maladie ou mortalité du conjoint, mise à la retraite, divorce ou vie en institution. Ces problèmes bien spécifiques ne nécessitent généralement que quelques semaines de consultations.

Par ailleurs, on peut également avoir recours à un spécialiste - psychologue, par exemple - lorsqu’on se sent incapable d’affronter le quotidien, que le désordre affecte non seulement notre vie, mais aussi celle de nos proches, que la dépression s’installe ou encore lorsque nos comportements nous semblent anormaux. Ce confident spécialiste ira en profondeur dans les recoins de l’âme où se cachent les blessures... La thérapie peut s’étendre sur des mois, voire même des années.

S’en remettre au regard de l’autre

«Se confier, dit Odette Morin, psychothérapeute, ce n’est pas seulement raconter ses problèmes, mais s’en remettre, en toute confiance, au regard de l’autre. C’est mettre nos soucis à l’extérieur de nous, afin de les regarder de façon plus objective, ce qui nous permettra de prendre une nouvelle orientation, si nécessaire.»

On a tous besoin afin de se réalise pleinement, non seulement de se nourrir, de se vêtir et de se loger, mais aussi d’être touché, aimé, apprécié et sécurisé. Se confier à quelqu’un qui a de l’empathie pour nous répond à un besoin de l’âme et contribue à nous sécuriser, tout au long de notre vie. Celui qui n’est supporté par personne se sent déstabilisé. On a toujours besoin du regard de l’autre.

«Mais attention!, prévient Odette Morin, si mon confident me renvoie une image négative de moi, s’il ne fait pas preuve d’empathie, ou s’il raconte à tout le monde ce que je lui ai dit, cela devient néfaste.» Rechercher un confident exige du discernement. Où trouver cette perle rare? Et si elle se cachait tout près de vous? À une porte de votre logis, au club de l’âge d’or que vous fréquentez régulièrement ou dans votre propre famille?

Germaine l’a trouvée, pour sa part, dans la résidence qu’elle partage avec une vingtaine d’autres personnes. «Cela faisait six mois que j’échangeais des banalités avec ma voisine de palier, raconte-t-elle. Un jour, mise en confiance par sa gentillesse et son sourire, je l’ai invitée à prendre un thé dans mon appartement. Nous avons parlé pendant deux heures. Je n’ai pas vu le temps passer! Je me sentais bien en sa compagnie; elle m’écoutait attentivement sans chercher à se faire valoir. Une belle complicité se dessinait. Nous nous sommes revues et, petit à petit, j’en suis venue à me confier à elle. Jeannine, pourtant n’a pas forcé mes confidences. elle était là, extraordinairement présente à ce que j’étais. J’ai ressenti le besoin de lui parler de la distance qui existe entre mes fils et moi. J’étais émue aux larmes. Elle m’a écoutée, consolée, et, ensemble, nous avons cherché des moyens de me rapprocher de mes fils.»

Un confident, en effet, n’est pas qu’un miroir. Il doit être capable d’écouter attentivement la personne qui se confie, afin, le cas échéant, de pouvoir lui donner un avis, une suggestion, un conseil ou de la calmer avec des paroles d’encouragement. Il doit aussi être capable d’être en désaccord avec elle. Jean, professeur à la retraite, avoue s’être longtemps confié à son frère. «Mais il était un confident “éponge”, en quelque sorte; il se montrait incapable de me donner son avis sur quoi que ce soit. Toujours d’accord avec mes décisions, il ne m’aidait pas du tout à évoluer. C’est lorsque j’ai commencé à me confier à un ami que j’ai compris le vrai sens du mot “confident”. Cet homme pourtant de vingt ans mon cadet, n’a pas peur de me donner franchement son avis, même s’il est parfois carrément en opposition avec mon jugement. Je sais que ce confident a beaucoup d’estime pour moi et me respecte profondément.»

Apprendre à s’épancher

Il n’est pas toujours facile cependant de dévoiler son intimité lorsqu’on est plutôt réservé et que l’on a toujours gardé ses tracas et ses peines pour soi. «Mais il s’agit d’un beau risque, de dire Odette Morin. Pourquoi ne pas commencer par une lettre?» Pour la psychothérapeute, il s’agit, par ce moyen, d’augmenter petit à petit son niveau de sécurité. Écrire est une merveilleuse façon de se confier tranquillement, à son rythme, en prenant une semaine s’il le faut, tout en ayant devant soi le texte de nos états intérieurs... La gêne d’être en face de l’autre et d’avoir à lui dévoiler des choses intimes n’existe plus et l’on commence à s’ouvrir doucement. Quitte, après quelques mois, à faire le saut et à se confier de vive voix.

C’est ce qu’a fait Armande qui portait en elle, avoue-t-elle, de lourds secrets, incapable de se confier à qui que ce soit. Elle a commencé par correspondre avec sa fille. «Ça me faisait du bien de lui raconter mes bobos, dit-elle. Je quittais le masque de la femme toujours de bonne humeur que je portais depuis si longtemps. Lorsque ma fille est venue vivre dans ma ville, nous avons commencé à nous visiter. Après chaque rencontre, je me sentais plus légère, comme délestée d’un fardeau. Son écoute, son regard et ses paroles m’ont aidée à supporter de grandes épreuves - la mort de mon époux par exemple.»

Quand l’ami ne suffit plus

C’est bien le grand défi de toute une vie que de rester parfaitement soi-même, avec ses forces et ses faiblesses! Montrer sa vulnérabilité n’est pas honteux. Au contraire! Ce n’est qu’à cette condition qu’un échange véritable peut s’établir entre soi et l’autre.

Cependant, notre partenaire de golf, notre soeur ou notre voisin ne sont pas tous habilités à démêler l’écheveau de notre vie intérieure et à nous accompagner dans la conquête de notre équilibre mental. Le chemin de l’équilibre, de l’harmonie et de la paix intérieure est plein d’embûches, que parfois seul un thérapeute peut nous aider à surmonter, après avoir étudié nos problèmes au fil des rencontres. Le psychologue ou le psychiatre saura poser les bonnes questions afin de nous aider à exprimer nos émotions, à raconter notre vie, enfance y compris, tout en nous amenant à dévoiler les coins les plus secrets de notre être. Il saura aussi bien interpréter nos réponses, estimant le degré d’anxiété, de dépression, ou de tout autre facteur nous caractérisant.

Il existe une panoplie de méthodes de thérapies et une foule de thérapeutes! Comment choisir celui qui utilisera la méthode idéale pour vous? Vous pouvez toujours, bien sûr, accepter les suggestions d’un ami ou d’un parent, voire de votre médecin de famille. Vous pouvez aussi vous informer auprès du CLSC de votre quartier, lequel vous mettra en contact avec tel ou tel thérapeute.

Une chose demeure primordiale: être à l’aise face à ce confident professionnel. «Souvent tout se décide dès la première rencontre, de dire Odette Morin. Vous ne vous sentez pas en confiance avec votre nouveau psychologue? Allez voir ailleurs!» Vous trouverez bien un spécialiste dont la chimie correspondra à la vôtre. Et n’ayez crainte de lui signifier vos demandes. Vous aimeriez qu’il vous parle un peu plus et vous conseille? Dites-le lui.

Rien ne vous empêche, non plus, de tenter l’aventure de la psychothérapie de groupe. Informez-vous auprès de la Corporation des psychologues du Québec pour connaître le nom d’un psychologue qui emploie le psychodrame par exemple. Cette méthode, qualifiée de très intéressante par un bon nombre de psychologues, consiste à obtenir des effets curatifs en mettant en scène un problème particulier d’un patient, avant de provoquer une discussion entre lui et les membres du groupe utilisé comme «figurants». Cette méthode reproduit un milieu naturel proche de la réalité, ce qui accélère le traitement.

L’être humain, disait l’éminent psychologue C.R. Rogers, est capable de faire face à tous les problèmes de sa vie de façon constructive, s’il peut prendre conscience de ses capacités. Le confident est un agent qui aide l’individu à identifier lui-même ses problèmes et à leur trouver des solutions convenables. Il est donc essentiel.

Virage, Volume 2 Numéro 3, Printemps 1997

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