Rapprocher les générations

Source: Expression, bulletin du Conseil consultatif national sur le troisième âge, Vol. 11 Numéro 4

Les activités intergénérationnelles sont de toutes les sociétés et de tous les temps. Elles amènent les membres de différentes générations à interagir et à s’apprécier. Mais au cours des dernières décennies, de profonds changements dans la structure de la famille et dans le monde du travail ont érodé les liens traditionnels entre les générations et créé un besoin d’infrastructures nouvelles pour rapprocher les générations.

La plupart d’entre nous avons bénéficié lorsque nous étions jeunes de la présence bienveillante d’un grand-parent qui a contribué, par la transmission de rites et de traditions, à nous ancrer solidement dans notre famille et notre société. Or il existe, parmi la génération des adolescents d’aujourd’hui, des jeunes qui ont eu très peu de contact avec les membres des générations qui les précèdent. L’absence de «connexion» que cela sous-tend pourrait être en partie responsable de l’aliénation que ressentent certains adolescents.

La distance, l’isolement des familles, (surtout des ménages ayant à leur tête un seul parent) et la ségrégation anormale des gens par groupes d’âge (école, travail, aînés) ont contribué à un malaise social qui nuit autant aux aînés qu’aux jeunes et aux générations entre les deux. Mais il y a de bonne nouvelles: la proportion des aînés dans la population canadienne augmente.

On sait maintenant qu’une vie active et généreuse contribue à la santé des aînés. On sait aussi que pour fonctionner à pleine capacité durant la vie adulte il faut avoir bénéficié de l’appui des générations qui nous précèdent et développé l’estime de soi. Bien que cet appui semble plus efficace pendant l’enfance pour prévenir la délinquance et le décrochage éventuels, le présent texte est consacré aux divers moyens de créer des liens avec les adolescents actuels, qui ont grandi dans une société qui ne s’est pas encore tout à fait adaptée aux changements de cette deuxième moitié du XXe siècle. Les aînés peuvent contribuer de façon positive à cet ajustement.

L’Organisation des Nations Unies a proclamé 1999 Année internationale des personnes âgées. Le thème de l’Année, «Une société pour tous les âges» nous enjoint tous et toutes de continuer à contribuer au bien-être de nos collectivités en posant des gestes concrets qui aideront à renouer les liens entre les générations.

Un facteur de bien-être

Toutes les générations ont droit au réconfort, au dynamisme, à la sagesse et au soutien des générations qui les précèdent et qui les suivent. On sait maintenant que ce soutien mutuel entre les générations est un des facteurs déterminants de la santé et du bien-être de chacun. Il importe donc de consolider les liens intergénérationnels et d’en tisser de nouveaux pour favoriser non seulement la santé des individus mais aussi le bien-être de l’ensemble de la société.

Ados et aînés

Privés de sentiment d’appartenance, certains adolescents se tournent vers le crime, la drogue, la prostitution et la violence pour s’affirmer. De plus en plus d’entre eux abandonnent l’école et leur taux de suicide est inquiétant. Pendant ce temps, la «déconnexion» peut aussi être ressentie négativement par le grand nombre d’aînés qui se retrouvent à l’âge de la retraite loin de leurs enfants et petits-enfants, privés de liens affectifs et de la reconnaissance qui reviennent normalement aux aïeuls. En créant des mécanismes qui favorisent l’interaction entre les aînés et les adolescents, nous pouvons contribuer à reconstituer les liens entre les générations, pour le plus grand bien de la société tout entière.

Des complices naturels

Les adolescents et les aînés ont beaucoup en commun. Par exemple:

Les adolescents «à risque»

Pourquoi certains adolescents sont-ils considérés à risque? La pauvreté semble jouer un rôle prépondérant. Il y a aussi un lien entre la pauvreté et le décrochage scolaire.

Enfin, le contexte social s’ajoute à la pauvreté et au décrochage pour augmenter le risque. Une équipe de spécialistes dans le «mentorat» comme méthode de réchappage vient aussi à la conclusion que les adolescents «à risque» sont à risque de décrocher non seulement de l’école mais aussi de la société sur les plans émotif, psychologique et spirituel. Ils ont besoin de forger l’estime de soi et les autres outils qui leur permettront de surmonter les effets du contexte qui les a placés dans une situation de risque.

Les aînés «à risque»

De nos jours, les enfants (et les petits-enfants) des aînés vivent souvent très loin de leurs parents. Le retrait du monde du travail et le déclin physique réduisent encore les échanges sociaux. Enfin, le décès du conjoint, de parents et d’amis peut contribuer à l’isolement presque total des personnes âgées.

Les chercheurs ont de plus en plus de preuves que la participation à la vie communautaire et le soutien social contribuent à la santé physique et mentale des aînés. Ce soutien social, source d’interaction et de «connexion», peut pallier à la solitude, à la dépression et à la maladie. Cela est particulièrement important pour ceux et celles qui font face à des expériences éprouvantes comme la retraite prématurée, la maladie ou le décès d’un être cher.

Les aînés peuvent donc être à la fois prestataires et bénéficiaires de l’activité intergénérationnelle. En offrant leurs connaissances et leur bienveillance aux jeunes, ils contribuent à l’amélioration de leur société et récoltent les joies qui accompagnent toujours le don de soi. En vieillissant, ils seront demeurés intégrés à leur milieu et bénéficieront de la reconnaissance et de l’appui des générations montantes.

L’intergénération: une réalité

Il existe peu de recherche sur les activités intergénérationnelles et pas de compilation à grande échelle des programmes efficaces et des projets réussis. Pourtant, un grand nombre de groupes et de collectivités ont pris conscience de l’importance de renouer les liens entre les générations et ont trouvé des moyens pour y arriver.

Virage, Volume 4 Numéro 2, Hiver 1998

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