Petit bonheur deviendra grand

Source: WILLIAMSON, Alain. Vivre, Vol. 3 No. 1, Août/Septembre 2003

Tout comme l’arbre affronte les saisons de la nature, l’humain a à composer avec les saisons de la vie. Lorsque notre bonheur entre dans une phase hivernale, souplesse et enracinement sont alors gages d’une longévité sereine.

Dans notre cour arrière pousse un magnifique tilleul. Il s'impose de plus en plus parmi les autres arbres et les arbustes. Il attire le regard et les éloges des visiteurs. Il faut dire que son feuillage est magnifique sous le soleil d'été

Composer avec la vie et en ressortir grandi

Bien qu'il soit encore jeune, il nous ravit de sa présence. Pourtant, sa croissance n'a pas été sans embûche. D'abord mis en terre derrière la maison que nous occupions auparavant, il a été déraciné et transplanté sur le terrain de notre nouvelle demeure à une période critique de sa croissance il y a de cela quatre ans. Il s'en remit, mais mit un peu de temps à retrouver sa vigueur. Il y eut aussi des branches cassées dans notre maladresse à compléter un bon élagage. C'est sans compter les hivers rigoureux, le verglas, la neige abondante et toutes les autres intempéries. Mais à chaque printemps, il devient de plus en plus beau. Il se transforme au fil des saisons, et rien n'arrête sa croissance.

Assis à rêvasser sous le tilleul, je ne peux m'empêcher de faire le parallèle entre lui et le bonheur.

Les saisons du bonheur

La sagesse de l'arbre nous enseigne à accepter et à s'adapter aux changements qui surviennent. Le changement fera toujours partie de la vie. Puisque la vie est mouvement, elle est nécessairement transformation. Tout comme l'arbre qui doit affronter les saisons de la nature, nous avons à composer avec les saisons de la vie. Il y aura des saisons chaudes et des saisons froides; des périodes creuses et des périodes fastes. Et toutes ces séquences influenceront le bonheur dans notre vie. Le bonheur traversera des étés et des hivers, en ce sens qu'il semblera croître durant un certain temps et stagner ou même décliner à d'autres moments. Mais comme l'arbre, si les racines de notre bonheur sont solides, si elles sont bien ancrées dans le sol de notre cour, le bonheur se multipliera et poursuivra sa croissance dans notre vie.

On ne peut contrôler les saisons de la nature. Elles viennent, que nous les souhaitions ou non. De même, on ne peut se soustraire aux saisons de la vie qui viendront modifier notre existence. Il nous appartient toutefois d'apprendre à composer avec les changements. Nous acceptons de bon gré des changements qui présentent pour nous des avantages évidents. Mais nous sommes plus réticents à accepter les transformations qui touchent à notre bonheur.

Agir là où on le peut et composer avec le reste

Nous devons nous rendre à l'évidence: les transformations de notre bonheur sont inévitables. Imaginerait-on un jardinier tentant de retenir les feuilles d'un arbre à l'automne ? Non ! Son action ne sera pas dirigée vers ce qu'il ne peut pas contrôler mais plutôt vers ce sur quoi il peut agir. Il ignorera les feuilles qui tombent et se concentrera pour protéger les acquis de l'arbre afin de préparer un meilleur printemps qui reviendra assurément. Il nourrira les racines, veillera à protéger l'arbre et ses branches des futures intempéries et il s'armera de patience jusqu'au retour des beaux jours.

Tout comme le jardinier préparant le printemps, lorsque notre bonheur semble entrer dans une phase «hivernale», activons-nous à nourrir le foyer de ce bonheur, protégeons-le du mieux que nous le pouvons, permettons-lui de suivre le grand courant de la vie et acceptons ses transformations. Car c'est par ces mêmes transformations que nous considérons souvent d'abord menaçantes, que pourra grandir notre bonheur.

De la peur de perdre, à l'assurance de gagner

Certes, il faut une bonne dose de confiance pour accueillir et accepter les changements qui affectent le bonheur. La peur de perdre ce bonheur obstrue notre vision à long terme et ne nous permet pas d'envisager les aspects positifs qui en découleront éventuellement. Nous devons en premier lieu nous appliquer à lâcher prise devant les transformations inévitable de notre bonheur et de notre vie en général. Et je crois que la clé demeure la souplesse intérieure. La souplesse permet d'affronter tous les vents sans se briser; elle permet de nager avec tous les courants sans s’y noyer.

Du petit arbre qu'il était, le tilleul de notre cour grandit d'année en année. Chaque printemps lui amène de nouvelles branches qui modifient son apparence. Il en va de même de mon bonheur. Chaque saison de la vie le modifie, parfois peu, mais souvent considérablement. Pourtant, comme le tilleul, il grandit toujours.

Oui, petit bonheur devient grand... pourvu que j'aie la sagesse d'accepter sa transformation .

Virage, Volume 10 Numéro 1, Automne 2004

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