Moi vieillir , non merci!

Source: José P. Represas, Les sept bioroutes vers la santé, le bien-être et la longévité, Éditions Berger, Eastman, 2000. Paru dans la revue Vivre, Vol. 1 No. 3. Avril / mai 2001.

J’ai 84 ans, j’ai le poids que j’avais à 30 ans et je suis l’homme le plus productif et le plus heureux du monde. Sans blague!

Ma vie est passionnante! Je vais avoir 84 ans le 31 mars prochain, et je suis dans une forme splendide. Je travaille de huit à onze heures par jour, cinq jours par semaine, et je suis content d’être utile à ma famille et à mes semblables.

Je ne pourrais pas dire que je mène une vie banale. Après avoir écrit un livre où je partage mes secrets de santé, de bien-être et de longévité qui a été traduit en plusieurs langues, je suis appelé à faire de longs voyages partout en Europe et en Amérique. En somme, ma vie est passionnante et j’ai plus que jamais le goût de vivre.

Le bonheur est un droit

Les gens croient habituellement qu’à cet âge, on doit s’asseoir sur ses acquis et profiter de ce qu’on a accumulé, pire: qu’on le mérite! Moi, j’ai la conviction que la vieillesse n’est faite d’inactivités et de décrépitude que si on croit que c’est inévitable et irréversible. Si, au contraire, on a constamment des projets et si on s’accorde la santé pour les réaliser, on n’abandonne pas la vie et la vie ne nous abandonne pas. C’est ce que la vie m’a appris de plus extraordinaire: quel que soit notre âge, on mérite toujours d’être productif, heureux et en santé!

Ma santé, mon trésor

J’ai eu la chance de me rendre compte dès mon jeune âge, que la santé était le bien le plus précieux. Elle permet de travailler avec plus d’enthousiasme, d’atténuer les passages plus sombres de la vie et de faire face aux défis avec une plus grande confiance en soi.

Avec la santé, on trouve la joie dans les apprentissages mêmes les plus difficiles, on accepte les changements avec espoir, on a de l’énergie pour se réaliser et se respecter, on jouit d’une grande plénitude dans ses relations sexuelles. Grâce à la santé, on profite non seulement d’une partie de la vie, mais de TOUTE la vie.

Avant toute chose: être en forme

Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’avais que 12 ans quand, pour la première fois, j’ai fait cette prise de conscience. C’était en 1929. Je quittais l’Espagne pour aller étudier et travailler au Brésil. Durant la traversée de l’Atlantique par bateau, j’ai beaucoup réfléchi à mon avenir. Et même si j’étais jeune, j’ai pensé que, quoi que je veuille accomplir dans la vie, je devrais d’abord me garder en bonne santé. Dans la trentaine, j’ai commencé à comprendre l’importance d’adopter un bon style de vie. J’ai commencé par l’alimentation et la nutrition, certainement influencé en cela par l’entreprise pour laquelle je travaillais dès l’âge de 17 ans (Nestlé). À 33 ans, j’ai établi mon premier projet de vie: j’ai décidé dans quel état de santé je souhaitais me retrouver à 40 ans. J’ai ajouté des programmes d’exercices à mes programmes d’alimentation et de nutrition.

Un mental en santé

À 40 ans, j’ai décidé d’atteindre 60 ans dans la même forme physique et j’ai fait les efforts nécessaires pour perdre mon poids excédentaire (23 Kg ou 50 livres). Mais je me suis rendu compte qu’à cette période de la vie, les effets bénéfiques de saines habitudes pouvaient être freinés par des stress incontrôlés ou par les effets négatifs d’une sexualité détachée de l’amour ou du bonheur. J’ai également observé des gens dont l’état de santé physique et mentale s’est détérioré parce qu’ils n’avaient pas inclus d’activités créatrices dans leur vie de pré-retraités et de retraités.

J’ai alors compris que la santé mentale était la SANTÉ DE LA SANTÉ. Ayant de nouveau réussi, j’ai maintenu mon programme de vie jusqu’à 80 ans, en effectuant les ajustements nécessaires dans mes programmes de vie pour tenir compte de mon âge.

À chacun sa charrette

Il n’y a pas de recette unique ou miraculeuse, ni d’héritage génétique, ou encore de conseil scientifique qui nous assure le recouvrement et le maintien de la santé. Chacun de nous a la responsabilité de prendre soin de sa propre santé, car cette tâche ne peut être réalisée que par soi-même. Et nul ne se connaît mieux que lui-même. Mais trop souvent, même en sachant ce qui nous convient, nous n’arrivons pas à adopter de nouveaux comportements faute de DISCIPLINE. Les grands ennemis à vaincre alors sont ceux qui se traduisent par des phrases comme: «Je commencerai demain», «Je commencerai le mois prochain», «Je commencerai le 1er janvier», ou bien:«Aujourd’hui je me sens trop paresseux pour faire des exercices, je les ferai demain.»

Une heureuse discipline

J’ai un secret pour vous de mon âge: la discipline n’a pas à être austère. Plus le lien entre la discipline et le sentiment de bien-être s’imprime en nous, moins la discipline exige d’effort. On se met à anticiper l’heure de l’exercice ou des repas comme autant d’occasions de plaisir; et si on ne peut respecter nos règles de vie, elles finissent par nous manquer à cause des malaises qui se manifestent (fatigue, découragement, inconfort, courbatures) et on a hâte d’y retourner.

La discipline n’a pas à être monotone non plus. Pardonnez-moi l’expression, mais j’ai beau suivre mes propres «bioroutes» avec assiduité, je n’en fais pas une maladie! J’ai toujours beaucoup aimé manger: je ne mange donc pas d’éléments nuisibles comme la viande, les gras animaux et les boissons très alcoolisées, mais une variété de poissons, de mollusques et de volaille. Je ne prends aucun sucre et très peu de sel, mais une abondance de fruits, de légumes, de jus frais ainsi que des céréales entières. Pour compenser toute déficience en micronutriments, je prends chaque jour des suppléments de vitamines, de minéraux et d’enzymes.

Je ne me prive pas: je prends deux verres de vin rouge à chaque repas et, même si je n’ai jamais touché à la cigarette, j’aime fumer un bon cigare cubain lors d’occasions très spéciales. Quand les circonstances m’entraînent à manger un met nuisible à ma santé, mais que j’aime beaucoup, je m’abandonne à ce plaisir en en profitant au maximum, sachant que j’éviterai d’en manger dans les semaines, voire les mois, qui suivent.

Je suis jeune

En tout, je refuse de me comporter comme un vieillard. J’ai découvert une série d’exercices spéciaux pour les yeux et, après un an, j’ai pu me passer totalement des verres que je portais pour la myopie et la presbytie. J’ai accordé de l’attention à ma vie de couple en prenant garde de ne pas devenir dépendant et elle s’est révélée la source la plus permanente de mon bonheur.

Je ne me suis pas contenté d’une santé mentale tournée vers elle-même, car j’étais convaincu qu’elle devait être accompagnée de valeurs spirituelles si je devais atteindre au bien-être et à la longévité. Il n’y a rien comme la bonté du coeur, le désintéressement, l’aide à l’indigent, l’honnêteté, la fidélité et l’amitié pour atteindre le vrai bonheur. Enfin, toutes ces compréhensions seraient incomplètes sans la conscience de l’environnement. En effet, comment proposer une vie saine en détériorant ce qui nous donnera demain les aliments sains, les sols, l’air pur et l’eau potable dont nous aurons besoin? Nous pouvons tous contribuer de manière importante à protéger le système écologique de manière à créer un monde meilleur, pour nous-mêmes et pour nos descendants.

Ma vie m’a beaucoup appris, me direz-vous: c’est la beauté des longues vies !

Virage, Volume 7 Numéro 4, Été 2002

L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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