Source: Thérèse Hart,tiré du site internet LAgora, www.geocities.com/athens/atrium/2447
Lun de ces jours derniers, je me suis mise à la tâche de ranger papiers, découpures de journaux, photos, correspondance, le tout accumulé depuis de nombreuses semaines. Ce rangement m'a fait redécouvrir des choses qui dataient de tant d'années, que cela m'a fait sourire et m'a aussi émue.
Cartes d'anniversaires aux dessins naïfs et si touchants, faites et signées par des enfants aux doigts encore malhabiles. Lettres non pas oubliées, mais déposées quelque part dans un tiroir, pour être relues aux jours de doute. Lettres de proches, d'amis, de neveux et nièces, toutes chaudes encore de tendresse et témoins d'un passé à la fois proche et lointain. Dans une serviette au ventre rebondi parce que remplie à craquer, des bouffées d'amitié et d'affection m'attendaient pour me réchauffer le cœur.
Il me semblait que tout ce monde me chuchotait à l'oreille: «On t'aime, tu sais, même si on ne le dit pas souvent, même si on est trop occupés pour donner des nouvelles et prendre le temps de dire: Bonjour, comment vas-tu?». Ce qui est écrit là est toujours vrai, je le sais. C'est une parole qui s'est répercutée jusqu'à aujourd'hui et qui résonnera demain. Comme dans la boîte de Pandore, il me reste aussi cette espérance.
C'est peut-être sentimental - je ne me cache pas de l'être et n'en vois surtout pas le mal - mais je n'arrive pas à me défaire de ce passé tendre, gai ou même triste parfois, qui me rejoint et m'émeut encore. Je crois que chacun de nous a, certains jours de ciel blême, l'impression d'être tout à fait seul, même parmi d'autres, ou souffre de ne pas compter plus que tout au monde pour quelqu'un. Il y a, sans doute, dans toute vie humaine, des traînées de nostalgie, aussi subites qu'imprévues. Explicables sûrement, mais qui tiennent à des détails si infimes qu'ils sont passé inaperçus sur le moment. Il suffit d'une lettre ou d'un mot d'enfant qu'on relit, d'un objet retrouvé qu'on avait presque oublié, pour retrouver tout vivants, des événements dont le souvenir laisse l'esprit et le cœur dans l'hésitation entre joie et regret.
Ces retrouvailles avec des choses du passé m'ont permis de constater que je négligeais aussi certaines personnes que j'aime bien pourtant et que je remettais une visite à leur faire au lendemain, à la semaine suivante, à plus tard. Sous toutes sortes de prétextes plus ou moins valables, surtout celui, peu sincère d'être débordée. Il serait plus franc de dire qu'au cœur d'un emploi du temps un peu trop chargé parfois, on a besoin d'avoir des moments pour soi tout seul. Pour réfléchir, se reprendre en mains, se ressourcer ou retrouver la saveur du pain quotidien.
Ce remue-ménage devenu une sorte de «remue-méninges» a eu du bon en définitive, car j'ai pu mettre un nom sur certains sentiments ou émotions. J'ai aussi réalisé qu'il est bien difficile de se détacher. Au fait, de quoi faut-il se détacher? Comment faire le tri dans tout ce qui nous a accompagné dans la vie, dans tout ce qui nous a marqués? Je veux bien que les choses ne nous accaparent pas au point de nous priver de liberté intérieure; néanmoins, elles ont du prix si aujourd'hui encore, elles peuvent nous faire sourire ou embuer nos yeux. Ce dont il faut se débarrasser, il me semble, c'est de ce qui n'a pas ou plus de signification et, par conséquent, ne nous apporte plus rien.
Je laisse aux ermites et aux mystiques le soin de vivre détachés de tout. Dieu merci, je n'en suis pas là et je n'y tends pas non plus. Ce détachement, à mes yeux peut-être trop humains, m'apparaît comme la privation de trop belles joies pour exercer sur moi un quelconque attrait. J'aurais, de plus, le sentiments de bouder la vie. J'aime tout ce qui donne à l'existence son parfum: les rencontres tout comme une certaine solitude, la musique et le silence, les livres et la réflexion, les murs de la maison et ce qui les habille et parfois, le désir de les quitter pour connaître d'autres décors, d'autres ciels pour rafraîchir et renouveler mon regard sur le monde.
Quand la vie me fera un dernier signe et me dira que c'est le temps - pas tout de suite, s'il-vous-plaît - de me dépouiller, je voudrais bien pouvoir lui répondre sereinement. Mais je voudrais aussi pouvoir me répéter que je ne lui ai pas fait faux bond et que j'ai savouré autant que j'ai pu ce qu'elle m'offrait de beau et de bon.
Virage, Volume 5 Numéro 4, Été 2000
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
Site internet: www.acsm-ca.qc.ca Courriel: info@acsm-ca.qc.ca