Qu’est-ce qu’une personne âgée en bonne santé mentale?

Source: Denise Dubé, Humaniser la vieillesse , Éditions MultiMondes,1996.

En général, les définitions de la santé mentale se présentent de deux façons: ou bien la santé mentale est perçue comme une manière d’être ou bien elle considérée comme un ensemble de potentialités, de capacités. C’est cette deuxième catégorie de définition de la santé mentale que nous avons surtout mis en évidence par l’élaboration de critères de santé optimale.

La santé mentale est souvent synonyme d’une adaptation réussie et, pour la personne âgée, d’un vieillissement heureux. Selon les auteurs Wilson et Kneisl (1982), la santé mentale, dans la vieillesse, est basée sur «l’habileté à jouer des rôles appropriés, à accepter de nouveaux défis, à s’adapter aux pertes et aux changements reliés à l’âge».

Selon Champagne, Ladouceur, De Ravinel et Stryckman (1992), une personne âgée en bonne santé mentale est capable de vivre et d’exprimer ses émotions d’une manière adéquate, possède un bon jugement, entretient des relations satisfaisantes avec son milieu et exerce son pouvoir de décision personnel et social.

Dans le même sens, Ryff (1987) a proposé six caractéristiques psychologiques du bien-être mental, qui apparaissent particulièrement importantes pour un vieillissement réussi. Il s’agit de l’acceptation de soi, de la capacité d’avoir des relations positives avec autrui, de l’autonomie, de la maîtrise du milieu, du fait d’avoir un but dans la vie et de la croissance personnelle continue.

Les caractéristiques d’un vieillissement optimal suggérés par Atchley (1989) et par Leclerc (1991) confirme la présence de certains éléments majeurs pour la santé mentale des aînés: l’absence de maladies graves ou chroniques invalidantes (la maladie d’Alzheimer, par exemple), la capacité de subvenir à ses besoins de santé, d’habitation, d’alimentation, de loisirs (autonomie), le maintien d’une identité et d’une image de soi positives (estime de soi), la possibilité de mener une vie active et satisfaisante (autonomie), la présence d’un réseau social significatif (relations positives avec les autres), la possibilité d’exercer un contrôle sur sa vie (maîtrise de l’environnement).

Berger et Mailloux-Poirier (1989) décrivent un certain nombre de critères qui s’appliquent à la santé mentale des aînés. Le fait d’accepter ses limites et ses forces personnelles suggère un rapport direct entre l’estime de soi et la santé mentale des personnes âgées. La personne se connaît et s’accepte comme elle est. Elle est habituellement en mesure de faire ses propres choix et de choisir ce qui est bien pour elle. Le fait d’atteindre le plus haut niveau de réalisation possible suppose que le bénévolat, l’entraide, la participation à des expériences nouvelles et toutes les occupations maintenues par les personnes âgées contribuent à la croissance continue de celles-ci. Dans un autre critère, l’adaptation aux pertes est reliée au développement d’une philosophie unificatrice de la vie. L’autonomie est évidemment un autre critère par lequel l’aîné continue de se prendre en main, de maîtriser son environnement, de résoudre certaines difficultés, de s’impliquer dans son entourage. Percevoir la réalité sans la déformer est sûrement synonyme d’une bonne capacité de raisonnement. Enfin reconnaître la valeur d’autrui contribue à entretenir des liens affectifs satisfaisants avec les autres, la capacité d’adaptation aux situations de la vie, la capacité d’intégrer les pertes, et l’autonomie.

Paul-Émile est, de l’avis de son entourage et de sa famille, un homme en bonne santé mentale. Il a un but qui motive ses actes: faciliter la vie des gens autour de lui, rendre les autres heureux. Lors de sa retraite, il a continué à s’occuper de bénévolat auprès de diverses personnes, leur offrant le goût de vivre qu’il dit avoir eu le bonheur de recevoir en venant au monde. Son estime de lui-même est évidente. Il est fier de ses réalisations qui correspondent à ses choix et ses désirs. «Il faut rester soi-même et faire de son mieux», dit-il, la vie fera le reste... «Lorsqu’on s’aime soi-même, on peut faire plus pour les autres.» La capacité d’établir des relations de qualité avec autrui est très marquée chez lui. Il est très ouvert, aime accueillir les gens chez lui, écouter, réconforter et distribuer les encouragements, et les gens de son entourage l’apprécient. Pourtant , sa vie n’a pas toujours été facile. Récemment, il a dû s’adapter à la perte de son épouse et il reconnaît que sa participation à divers groupes comme bénévole l’a grandement soutenue.

Virage, Volume 3 Numéro 3, Printemps 1998

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