Source: SIMONEAU, Jacqueline. Le Bel Âge, juillet-août 2004.
Dans quelques jours, Samuel et Clémentine arriveront pour passer une semaine de vacances avec vous. Quelle belle aventure! Voici quelques suggestions pour que ce séjour soit inoubliable pour tous.
Pour les petits-enfants, les grands-parents sont des faiseurs de rêves et de tendresse. Dégagés des responsabilités parentales, papi et mamie peuvent en effet se permettre de les choyer et de jouir pleinement de leur relation avec eux. Inévitablement, cette belle complicité entraîne les confidences, les secrets, les fous rires, les clins d'oeil coquins. Des moments privilégiés que vous voulez faire vôtres durant les vacances. Alors, pas question de rompre l'harmonie avec une discipline de fer. Mais faut-il pour autant les laisser libres de faire tout ce qu'ils veulent?
«Pas du tout, répond la psychologue Marie-Claude Lamarche. C'est important d'établir des balises, même si elles sont plus flexibles que celles de la maison. Si l'on est trop permissif, les enfants deviennent vite incontrôlables. Ils vont abuser non seulement en vacances, mais aussi toutes les fois qu'ils vont nous revoir! Et rassurez-vous ce n'est pas parce qu'on leur donne quelques consignes à respecter qu'ils vont nous aimer moins!»
Marie-Julie avait 4 ans la première fois qu'elle est allée passer une semaine chez ses grands-parents qui, en raison de la distance, la voyaient à peu près une fois par mois. «Nous nous faisions une fête de l'avoir aussi longtemps, se rappelle sa grand-maman Madeleine. Mais nous n'étions pas préparés à une telle tornade! Au début, on n'osait pas intervenir, voulant qu'elle garde de beaux souvenirs de son séjour. Elle en a profité: elle refusait de manger si ce n'était pas son choix, elle sautait sur les divans, elle faisait des caprices pour s'habiller, elle pleurait parce qu'elle ne voulait pas quitter le parc d'amusement... L'enfer!» En désespoir de cause, les grands-parents ont appelé leur fille. Pas pour lui ramener Marie-Julie, mais pour qu'elle leur explique les règlements la maison et les punitions imposées. «On a appliqué les mêmes chez nous, poursuit Madeleine, en expliquant à Marie-Julie que, désormais, ce serait comme chez maman et papa. Quand elle a compris que son manège ne marchait plus, elle s'est assagie. Les trois derniers jours ont été très agréables. En partant, elle nous a donné de grosses bises en disant qu'elle nous aimait très fort...»
«Les grands-parents ne sont pas les parents, fait remarquer Claire Leduc, travailleuse sociale, psychothérapeute conjugale et familiale et auteure du livre Comment transmettre des valeurs essentielles à nos enfants (Éditions Trustar). Ils ne sont pas là pour éduquer leurs petits-enfants, mais pour les gâter et leur donner de l'affection. Mais, en même temps, ils doivent soutenir leurs enfants dans leur rôle parental quand ils ont la garde de leurs petits-enfants en respectant les règles de base fixées par les parents.» Pour que tout se passe bien, il faut donc que parents et grands-parents se rencontrent avant le jour J, expriment clairement leurs attentes, s'entendent sur les règles essentielles à respecter et agissent dans le respect des rôles de chacun. En dérogeant aux demandes des parents, les grands-parents risquent de blesser profondément leurs enfants et de créer des tensions inutiles. Forcément, les parents savent que les grands-parents sont plus souples et, en général, ils acceptent de bon coeur de fermer les yeux le temps des vacances. À petites doses, gâter ses petits-enfants ne porte pas à conséquence; ils reprennent vite le beat de retour à la maison!
Une fois les grandes règles de base établies, le reste est affaire personnelle. «Les grands-parents peuvent avoir leurs propres exigences, assure Danielle Fecto, psychologue. Ils ne doivent surtout pas se censurer sous prétexte que les enfants sont en vacances. S'ils tiennent à une règle (politesse, tenue à table, vocabulaire, etc.), même si elle n'est pas suivie chez les parents, ils doivent en faire part aux enfants. C'est même très bien que ce soit différent. Ainsi, ils apprennent qu'il existe des règlements distincts, des façons différentes de fonctionner, selon l'endroit où ils se trouvent. Cela leur enseigne la flexibilité et le sens de l'adaptation.»
Important également: la constance. Vous permettez à vos petits-enfants de manger devant la télé? D'accord, si c'est la règle chez papi et mamie. Mais ne changez pas la donne tous les deux ou trois jours. C'est le manque de constance dans un même endroit qui est nocif, plutôt que le fait que ce soit différent dans deux endroits.
Doit-on faire part d'emblée aux enfants avant même leur arrivée des règles en vigueur chez grand-maman et grand-papa? «Pas nécessairement, estime Danielle Fecto. En fait, mieux vaut les mentionner au fur et à mesure. D'ailleurs, certains enfants vont d'eux-mêmes continuer à se conformer aux règles parentales sans qu'on ait à les leur rappeler. Si on les leur énumère d'un bloc avant leur séjour, on risque de les rebuter en partant. De toute façon, il faut s'attendre à répéter les consignes plusieurs fois!»
On doit aussi tenir compte de l'âge et du degré de maturité de ses petits-enfants. «Les tout-petits ont besoin de plus de routine et moins de discipline que les ados, souligne la psychologue Jocelyne Bounader. Par exemple, ils doivent faire une sieste et se coucher tôt pour être en forme et de bonne humeur.» Encore là, une bonne discussion avec les parents permet d'éviter les erreurs.
Samuel refuse de ramasser ses affaires qui traînent partout? Clémentine n'arrête pas de tirer les poils de Fido? Donnez-vous le droit de les punir, au besoin. «On se déculpabilise en se disant que l'on fait quelque chose de bon pour l'enfant, rappelle Claire Leduc. II doit apprendre que, dans la vie, il y a des conséquences quand on n'agit pas correctement. C'est important de se faire respecter. Sinon, l'enfant fera vite le lien que, chez grand-maman et grand-papa, il peut faire n'importe quoi et que ce n'est pas grave puisqu'il n'est jamais puni.» Ginette a ainsi résolu les crises de sa petite-fille. «Chaque fois qu'on l'amenait au restaurant, Noémie faisait une scène parce qu'elle ne voulait pas quitter la zone des jeux ou parce qu'elle ne voulait pas attendre que l'on ait terminé avant de commander le dessert, dit-elle. Finalement, on lui a dit: «On va au resto mais, dès que tu cries, on rentre à la maison, même si tu n'as pas fini ton repas.» Elle a fait une crise et... on est partis aussitôt. Même chose la deuxième fois. La troisième fois, elle allait recommencer quand, tout à coup, elle nous a regardés. Elle s'est tout de suite tue. Elle avait compris. Depuis, c'est un plaisir de l'amener manger avec nous.»
Pour que le plaisir soit au rendez-vous, deux conditions doivent être réunies: avoir envie de s'amuser avec les enfants et savoir respecter ses capacités physiques. Bref, inutile d'inviter vos petits-enfants en vacances si c'est pour passer votre temps à vous demander si vous en faites assez. À ce rythme, vous finirez la semaine complètement vidé et n'apprécierez guère ces moments passés avec eux. «Suivre les enfants dans toutes leurs activités, c'est terriblement épuisant, fait remarquer Danielle Fecto. Sans compter qu'on leur envoie un drôle de message; c'est comme si on leur disait: «Chez nous, vous êtes le centre du monde et nous sommes à votre service.» Ça fait des enfants-rois. C'est important que les jeunes comprennent que leurs grands-parents ont des besoins différents des leurs, dont celui de se reposer de temps à autre! Et les grands-parents n'ont pas à se sentir coupables de le faire. Au contraire. Ils leur apprennent ainsi le respect des besoins des autres et le sens des responsabilités.»
Le secret d'un séjour réussi: une bonne planification journalière qui vous permettra de mieux orchestrer leur temps... et le vôtre. Mais attention!, planifier ne signifie pas qu'à telle heure, tout le monde doit sauter dans la piscine ni qu'à tel moment il faut aller en vélo. Il faut laisser un peu de place à la spontanéité et à la flexibilité!
Une façon de procéder: au déjeuner, concertez-vous sur les activités de la journée. Les jours où vous vous sentez moins fringant, privilégiez le fait de rester à la maison, tout simplement. Prévoyez aussi des moments de détente pendant lesquels les enfants en profiteront pour s'amuser seuls ou à deux. Ne vous en faites pas, ils ont l'habitude. Durant cette période, accordez-leur une certaine liberté; laissez-les libres de faire ce qui les rend heureux dans la mesure, évidemment, où ils sont en sécurité et ne se métamorphosent pas en petites pestes.
Une autre bonne stratégie avec les enfants: leur proposer deux choix de sorties ou d'activités. «D'un côté, on les limite dans ce qu'ils peuvent faire; de l'autre, ils ont l'impression de décider, explique Danielle Fecto. Résultat: tout le monde est content. Ça leur apprend également à prendre des décisions, ce qui n'est pas toujours évident.»
Bonnes vacances et profitez bien de vos petits-enfants!
Apprentis jardiniers. Initier les enfants aux bases de l'horticulture. Les amener, au début de la semaine, choisir une petite plante qu'ils planteront dans un coin du jardin. Tout au long de la semaine, ils devront s'en occuper et noter dans un cahier les transformations.
Course à obstacles. Placer différents objets sur le gazon: cônes, longues cordes, tunnels, cerceaux, etc. Celui qui fait le parcours le plus rapidement sans faute est le grand gagnant.
Casse-tête familial. Laisser «traîner» un grand casse-tête (pas trop compliqué tout de même) sur une table, dans un coin du salon par exemple. Chacun pourra, au gré de ses humeurs, s'y arrêter pour y placer quelques pièces.
Drôle de pige. À l'insu des joueurs, déposer des accessoires de différentes grosseurs et formes dans un grand sac. Les yeux bandés, ceux-ci doivent piger un objet à la fois, le palper et l'identifier. Rires garantis! Chasse aux trésors. Dissimuler des objets un peu partout sur le terrain (ou dans la maison s'il pleut). Inventer des indices qui mènent aux cachettes. Quand tous les objets sont trouvés, remettre une petite surprise aux enfants.
À la découverte des étoiles. Au cours d'une soirée claire, se rendre dans un parc ou un champ peu éclairé, cherche-étoiles sous le bras, et s'amuser à repérer les étoiles et à identifier les principales constellations. En prime: une visite au Planétarium!
Pique-nique. Une belle journée, un parc, un panier rempli de victuailles et de quelques gâteries, un ballon et un cerf-volant, et l'on savoure simplement le plaisir d'être ensemble en plein air. Vive les festivals! La foule bigarrée, les hot-dogs grignotés au coin de la rue, l'atmosphère de fête, tout cela contribue à la joie des enfants. Il en existe tout plein à travers la province.
Au zoo. Un classique qui fait toujours son effet.
Balade en vélo. On a le choix des beaux sites: le parc linéaire du P'tit Train du Nord de Saint-Jérôme à Mont-Laurier, la piste cyclable Jacques-Cartier de Valcartier à Rivière-à-Pierre, le tour de l'île d'Orléans, le canal Lachine, les sentiers du mont Orford, et plus encore. On apporte de quoi pique-niquer et, pourquoi pas, on s'offre une nuit tout confort à l'hôtel!
Visiter une ferme. Certaines offrent même le gîte pour une nuit. Pour connaître les fermes membres de la Fédération des Agricotours du Québec: www.agricotours.qc.ca
Virage, Volume 10 Numéro 4, Été 2005
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
Site internet: www.acsm-ca.qc.ca Courriel: info@acsm-ca.qc.ca