À bas la grisaille, place à la fête !

Source: Renée Rowan. Le Bel Âge, novembre 2002.

Ayons l'esprit à la fête, créons des rites, des traditions, suscitons des occasions de rencontres, d'échanges, de partage! À défaut d'occasions spéciales, il ne faut pas craindre d'en provoquer...

Il n'y a pas que les anniversaires à célébrer, il y a les passages qui émaillent une vie, un changement de travail, une belle réussite ou le simple plaisir de se retrouver entre amis ou en famille autour d'une bonne table.

Elles ont entre 43 et 77 ans, elles sont maintenant sept. Sept de différentes générations, de différents milieux, avec ou sans enfants, certaines travaillent, d'autres pas. Elles se retrouvent au restaurant, le 8 mars, pour célébrer la journée des femmes. Leur lien: l'amour de la vie, le plaisir d'échanger et de partager leurs expériences. Cette tradition, car cela en est une maintenant, est née il y a plus de quatre ans d'un premier tête-à-tête mère/fille pour souligner cette journée. «J'avais évoqué ce repas en causant avec deux amies dans la soixantaine avancée qui ont souhaité, l'année suivante, se joindre à nous, raconte Marie. Deux femmes rieuses, enjouées, à qui l'idée de fêter un 8 mars intergénérationnel avait plu. Nous nous sommes donc retrouvées toutes les quatre au restaurant pour parler un peu de la place des femmes dans la société actuelle et échanger. Notre soirée s'est terminée dans un petit café où... il n'y avait que des hommes! Ce qui nous a fait bien rigoler. En nous quittant, nous avons pris rendez-vous pour l'année suivante.»

Cette fois encore, deux nouvelles personnes se sont ajoutées au groupe: une collègue de travail de la plus jeune dont la mère était décédée l'année précédente et qui manquait beaucoup sa présence, ainsi qu'une femme à la fin de la soixantaine. Des femmes qui avaient des choses à dire, des valeurs à transmettre, des expériences à partager. Pour cette troisième rencontre, on avait choisi un thème pour éviter que la conversation dévie et erre d'un sujet à l'autre: chacune a parlé de la ou des femmes qui l'avaient le plus marquée au cours de sa vie. Ont été évoquées les figures d'une enseignante, d'une tante, d'une personnalité publique, mais celle mise en tête de liste par toutes et chacune a été sa mère. Une soirée riche en émotions et en échanges.

Autre ajout cette année: la belle-fille d'une participante, la benjamine de ce qui est devenu le «groupe des sept», version féminine. «Cela crée un équilibre entre les générations, mais c'est maintenant terminé, nous sommes au complet, davantage de participantes serait trop. Il n'y aurait plus de spontanéité dans les échanges ni de complicité et cela deviendrait difficile d'avoir une conversation générale», note Marie. Le thème retenu pour la dernière rencontre: les passions de chacune. Les intérêts varient selon l'âge et les goûts, mais il y a eu des surprises. On a toujours à apprendre de l'autre! Avant de se séparer, le groupe a confié à deux participantes le mandat de chercher un restaurant pour le 8 mars 2003, un endroit où il y aurait une table ronde pour faciliter davantage les échanges que l'on souhaite encore plus riches, plus approfondis. C'est ainsi que, de fil en aiguille, se créent les traditions, à la condition de les entretenir, bien sûr!

À preuve, ce petit groupe d'amis, amateurs de bonne chère et de découvertes gastronomiques qui, depuis plus de 20 ans, se réunit cinq fois par année. Des trois couples de base et d'un couple d'invités qu'ils étaient au début, la formule a évolué, tout comme la vie... Le noyau initial a subi plusieurs contrecoups: divorces, déménagements, décès. Depuis 10 ans, une belle stabilité s'est installée: ils sont maintenant neuf et le groupe est plus que jamais soudé par l'amitié car, au cours des ans, au-delà des repas fins, de solides liens se sont développés. On se connaît mieux, on s'entraide dans les temps difficiles, on célèbre les moments heureux.

Fouiller dans ses livres de cuisine, trouver une recette originale, aller au marché, s'inspirer des produits de la saison, faire part de ses découvertes, tels un nouveau fromage du Québec, une huile d'olive nouvellement arrivée sur le marché, dresser une belle table, tout cela représente autant de petits plaisirs. «Convier quelqu'un, c'est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu'il est sous notre toit», écrit Brillat-Savarin. Le livre des menus, dont chaque membre du groupe possède une copie, atteste de cette belle tradition de la gastronomie devenue une fête sans cesse renouvelée.

Rites pour toutes occasions

Depuis plusieurs années, Christine et Alain invitent à déjeuner, le 25 décembre, des personnes plus ou moins seules, sans enfants pour la plupart, qui ne se connaissent pas forcément entre elles, ainsi que quelques habitués de la maison. Le menu est simple, c'est voulu: café, jus d'orange et salade de fruits, croissants et confitures. L'idée: créer un événement, fêter ensemble l'espace de quelques heures. L'ouverture aux autres, n'est-ce pas cela l'esprit de Noël? Pour ce couple, c'est devenu un rite inscrit au calendrier de leur vie.

Des amies ont un rendez-vous ouvert chaque mardi soir (alors que le coût d'entrée dans les cinémas est réduit) et vont ensemble voir un film. Parfois elles sont trois, parfois cinq ou six. Puis, elles vont siroter un café le temps de discuter et d'échanger leurs impressions, leurs commentaires. En plus de s'enrichir intellectuellement, cette rencontre amicale, hebdomadaire, rythme leur vie de façon agréable.

Des collègues, deux ou trois, qui n'ont pas le temps pendant les heures de travail de parler de leurs affaires personnelles et de choses qui leur tiennent à coeur, se rejoignent une fois par quinzaine, à l'heure du lunch, pour casser la croûte ensemble. C'est aussi le cas de trois anciens collègues - deux filles, un gars - qui ont maintenant un emploi chacun de leur côté, mais qui ont voulu conserver des liens: ils se rencontrent au restaurant le midi, trois ou quatre fois par année, histoire de faire le point et de partager leurs expériences. Des rendez-vous auxquels ils tiennent et qui deviennent une autre forme de rite: pour y parvenir, ils ont créé l'occasion. C'est facile, cela requiert peu de temps et ça maintient le contact.

D'autres encore vont marcher avec un ami, une voisine, font du jogging ou suivent de cours de danse. C'est gai, ça détend, ça sort de la monotonie du quotidien.

Lise et Sophie, deux anciennes compagnes de travail devenues des amies, se voient une fois par mois. Cela a commencé par la lecture d'un livre de développement personnel dont elles discutaient un chapitre à chaque rencontre. Cette année, elles ont décidé de partir ensemble à la découverte d'un quartier de Montréal. Parce que toutes les deux aiment les oiseaux et le jardinage, elles visiteront à leur prochaine sortie quelques pépinières où l'on vend aussi des mangeoires. Leurs rencontres se terminent généralement par un repas pris en commun.

L'escapade annuelle

Anne et Lucie aiment toutes les deux la nature, le grand air, dormir sous la tente. Une fois par année, tôt à l'automne, elles dérobent quelques jours à leur vie de famille et aux préoccupations journalières pour partir ensemble à la découverte d'un nouveau coin du Québec. Elles apprécient les beaux paysages, les couchers de soleil au-dessus de la montagne ou sur un lac, les grands espaces, le silence. «Je fais ainsi le vide. C'est pour moi une source de bien-être, un temps de méditation qui m'appartient en propre. Je rentre au bercail revivifiée! Cette échappée de trois ou quatre jours est devenue pour moi essentielle», nous confie Anne.

Pendant plusieurs années, quatre amies qui jouent au bridge ensemble une fois par semaine, se ménageaient à l'arrivée du printemps une escapade de trois jours aux États-Unis. Une vraie sortie de filles où le magasinage était à l'honneur. «Parfois, la chasse aux aubaines était fructueuse et nous revenions fort excitées de nos achats, parfois, nous rentrions les mains vides. Mais il y avait toujours le plaisir de nous retrouver dans un autre environnement, de visiter des lieux nouveaux, de ne pas avoir de repas à préparer, seulement s'asseoir, savourer, parler, rire ensemble. Que de bons moments nous avons ainsi partagés!», se remémore Françoise. Malheureusement, la maladie de l'une d'elles a mis fin à ces petits voyages attendus avec joie: le diagnostic de Parkinson n'a pas été facile à accepter. Le premier choc passé, le quatuor envisage maintenant une formule différente, un bref séjour dans un relais de santé et de gastronomie. Marthe est enchantée de ce projet à sa mesure et le groupe se propose de vivre encore de joyeux moments tout en se rappelant les souvenirs heureux. Certains rites peuvent sembler mondains à première vue, mais ils solidifient les liens d'amitié en plus d'apporter du piquant à la quotidienneté.

Mille et une façons de fêter

Fêter son anniversaire de naissance est généralement un événement joyeux, mais pour certains, le passage du temps se vit péniblement. Le jour de son 50e anniversaire, Monique a refusé de voir qui que ce soit, s'est cachée sous ses couvertures et a pleuré sa jeunesse envolée!

Claire, au contraire, a soufflé des ballons, a pavoisé sa maison et a invité des amies d'enfance. Elle avait collé au mur de la salle de séjour les photos de leur temps de pensionnat, de l'université, de leur premier bal, d'un voyage fait ensemble à New York au temps de Pâques où, pour la promenade sur la 5e avenue, elles arboraient leurs chapeaux à voilette, décorés de fleurs et enrubannés. Que de fous rires elles ont eus en ressassant leurs souvenirs ce soir d'anniversaire!

Pour les 65 ans de son mari, Pauline a organisé un grand pique-nique sur la plage, à la mode américaine, avec hot dogs, hamburgers, chips, melon d'eau, biscuits Oréo, guimauves, bière, boissons gazeuses et, bien sûr, une partie de base-ball auquel petits et grands ont participé. Si ce menu n'est pas votre tasse de thé, pourquoi pas une épluchette de blé d'Inde ou un méchoui?

Mon amie Andrée aime faire plaisir aux autres... et se faire plaisir. Quand un vendredi ou un samedi soir, elle se retrouve seule, pour chasser le cafard, elle se prépare avec soin un bon repas, ouvre une bouteille de vin, sort une nappe réservée aux occasions et sa plus belle vaisselle, allume des bougies et mange devant un film qu'elle a choisi à la boutique de vidéos du voisinage. «Ce qui est bon pour mes amis est bon pour moi», affirme-t-elle l'air espiègle. C'est ça, avoir l'esprit à la fête!

Virage, Volume 10 Numéro 2, Hiver 2004

L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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