Les perturbations familiales ont une incidence

Source: Louise Plante. Extrait d’un article du journal Le Nouvelliste, Août 94.

La vie familiale n’est plus ce qu’elle était. Il y a belle lurette qu’on a dit adieu à sa stabilité, à un des deux conjoints, à la fratrie nombreuse, au réseau familial proche et fiable et à la maison dite familiale, c’est-à-dire celle qui vous a vu naître et grandir jusqu’à votre départ vers la vie d’adulte.

Tous ces changements ne sont pas sans perturber profondément les enfants. Querelles, parents stressés ou disfonction-nels, séparation, divorce et déménagement les troublent et les marquent parfois pour la vie.

Les adultes seront sans doute surpris d’apprendre qu’un enfant puise faire une dépression. Oui, un tout petit peut se sentir très triste, inutile, désespéré, impuissant, en colère, coupable, craintif et, ce qui est la pire des choses, mal aimé de tous. Tout comme les adultes, cet état peut être causé par une déception ou une perte importante. Il peut également s’agir d’un désordre chimique du cerveau.

On aurait tort de penser qu’un petit enfant ne peut souffrir moralement. Tout n’est pas rose dans le monde de l’enfance. En plus d’absorber le choc des disputes d’adultes, l’enfant doit faire face à son propre stress provenant de sa croissance, de l’école ou de son équipe sportive. Ce qui semble puéril aux yeux des parents prend une importance capitale chez un tout petit.

L’enfant déprimé parle peu. Ses change-ments de comportements sont révélateurs. Le petit actif qui devient retiré, le brillant élève qui n’a plus que de mauvaises notes, le leader qui ne veut plus jouer avec personne, le joyeux luron qui devient triste, voilà autant d’exemples de comportements qui, s’ils persistent, cachent un problème.

Un parent doit être attentif non seulement aux changements d’attitudes, mais aussi aux troubles physiques: maux de tête, de coeur, insomnie, perte d’appétit et fatigue chronique.

Lorsqu’un enfant présente une combinaison de ces signes (et non un seul), il est temps de lui prêter une attention particulière en tentant de parler avec lui et même d’aller chercher de l’aide pour lui... ou vous-même. Médecins de famille, personnel de l’école et amis peuvent être mis à contribution, sans compter les psychologues et psychiatres pour enfants. Une thérapie familiale est souvent suggérée.

La valeur que l’on accorde à soi-même est très importante et déterminante dans l’acceptation de l’amour que les autres peuvent nous porter. L’estime de soi vient avant tout de l’influence des parents, premiers éducateurs.

Une bonne estime de soi signifie avoir une saine opinion de soi-même, une idée person-nelle de sa propre valeur, une attitude positive et être souvent satisfait de soi-même tout en se fixant des objectifs réalistes.

Junior a besoin de savoir qu’il mérite d’être accepté et aimé simplement parce qu’il existe. Il importe donc de lui donner de l’amour gratuitement, de lui montrer quotidiennement par des marques d’affection, d’attention et de considérations, de passer du temps avec lui et de lui dire souvent qu’on l’aime. Lorsqu’il se sent aimé, il est calme, en sécurité et communique facilement.

Ce sentiment de sécurité, si précieux, se communique en créant un environnement sécuritaire, où s’appliquent des règles et limites claires, mais réalistes.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’un enfant développera du respect pour lui-même et pour les autres, s’il sent que ce qu’il pense, ressent et fait est important. Un enfant qui a confiance en lui et dans ses possibilités a plus de chances de devenir un adulte menant une vie joyeuse et productive.

Les peurs

On a tous cru un jour qu’un brontosaure pouvait ré-el-le-ment se cacher sous notre lit et l’homme invisible dans le coffre à jouets.

Peu importe la peur de Sophie, il ne faut jamais en rire, au contraire, on doit expliquer que papa et maman eux aussi ont parfois peur de la foudre ou des tempêtes et que c’est normal. Un enfant effrayé a besoin de soutien affectif. Il faut l’amener à développer des solutions pratiques de même qu’un sentiment de contrôle. Il faut rassurer, rassurer et encore rassurer, surtout devant la peur de la mort.

Tout en aidant l’enfant à surmonter ses frayeurs, on doit toutefois lui enseigner d’autres types de craintes ultiles pour sa protection, comme par exemple des comportements élémentaires de sécurité face au feu, l’électricité, l’eau, les produits ménagers et les personnes dangereuses. Ayez un code secret de famille et enseignez à l’enfant à l’utiliser. Établissez des mesure d’urgence pour tout le monde, apprenez-lui son adresse et son numéro de téléphone, jouez à des jeux de situation et surtout, montrez lui à dire non fermement aux étrangers.

Comportement

On ne peut pas toujours être sage. Tout comme vous n’êtes pas toujours le parent idéal (eh non), vos enfants peuvent vous «tester» à l’occasion. Soudain, vous avez l’impression de passer des «En-fants modèles» à «l’Orange mécanique». Vos chérubins jurent, vous envoient paître vertement, détruisent vos objets préférés, mentent, volent vos sous, refusent d’aller au lit ou de faire des travaux scolaires. Bref, c’est la guerre.

Cette conduite peut être volontaire ou involontaire et les causes ne sont pas toujours faciles à cerner. Mises à part l’inexpérience et l’impulsivité, l’enfant peut aussi être motivé par le ressentiment et la colère envers les règlements abusifs, un traitement qu’il juge injuste, des peurs réelles ou imaginaires.

Armez-vous de patience, de calme et d’un plein camion d’amour. Se fâcher contre un enfant qui a mal agi parce qu’il ne pouvait faire mieux, peut être nocif. Par contre, il doit aussi apprendre à reconnaître les limites. Si Pierrot détruit des objets, comme par hasard votre disque préféré, amenez-le à verbaliser sa colère plutôt que de laisser libre cours à la vôtre. Ayez recours à la méthode du temps d’arrêt. Rien de tel qu’une petite pause, histoire de faire redescendre la vapeur.

Bien des parents l’ignorent, mais en fixant certaines limites et en insistant calmement mais fermement sur certaines règles de comportement, loin de traumatiser leurs précieux héritiers, ils leur procurent un sentiment de sécurité qui n’a pas de prix.

Les valeurs fondamentales sont à la santé mentale ce qu’un bon régime alimentaire et l’exercice sont à la santé physique.

Si les problèmes de comportement de votre enfant sont graves et fréquents, n’hésitez pas à demander de l’aide.

Virage, Volume 5 Numéro 3, Printemps 2000

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