Antonia van der Meer
Source: Sélection Readers Digest, Mars 1990.
Certaines petites phrases sont moins inoffensives quelles nen ont lair.
En apprenant que son fils a une fois de plus oublié ses cahiers à lécole, le père le plus compréhensif risque de grommeler: «Comment peut-on être aussi tête folle!»
Même à bout de patience, il faut que vous sachiez éviter certaines petites phrases humiliantes. «Les parents doivent apprendre à maîtriser leur colère et leur frustrations quand ils grondent un enfant», dit Donald Keat, psychologue pour enfants et professeur à luniversité dÉtat de la Pennsylvanie.
Huit de ces petites phrases, hélas! très répandues, peuvent blesser profondément lamour-propre dun enfant. Les voici, avec chaque fois quelques trucs pour éviter le piège.
Marie fait toujours ses devoirs et pense même à se brosser les dents. Très fiers delle, ses parents reprochent sans cesse à son rêveur de frère de ne pas être à la hauteur: «Regarde Marie. Pourquoi nes-tu pas capable den faire autant?»
Daprès les experts, ces comparaisons exacerbent les rivalités entre enfants. «Le perdant peut finir par prendre le gagnant en grippe», avertit le psychologue Don Fleming.
Au lieu de lui donner son frère ou sa soeur comme modèle, pourquoi ne pas expliquer à votre enfant ce que vous attendez de lui? Si vous voulez quil range sa chambre ou reste à table jusquà la fin du repas, dites-le-lui clairement.
En même temps, faites-lui prendre conscience de ce quil gagnera à vous obéir. «Si tu remets tes devoirs à temps, tu auras de meilleures notes et tu nauras pas besoin de suivre des cours de rattrapage cet été.» Il se montrera beaucoup plus réceptif à vos remarques sil sait quelles visent à modifier ce quil fait, non ce quil est.
Au restaurant, votre fille de sept ans se tient comme un enfant de quatre ans. Mal à laise, vous lui lancez sèchement: «Quand vas-tu cesser de faire le bébé?» Vexée, la petite continue de plus belle à vider les salières de létablissement.
Et si, au lieu de la provoquer, vous lui aviez servi un avertissement pour tenter de la ramener à la raison? «Blesser lamour-propre de lenfant ne vous mènera nulle part, note Fleming. Faites-lui plutôt comprendre que sil ne change pas dattitude, il sera puni - privé de son émission de télévision préférée, par exemple. Il saura instantanément à quoi sen tenir.»
Un matin, vous vous réveillez, et le petit garçon que vous trouviez si beau en barboteuse bleue vous arrive en jean rapiécé et maillot noir à lemblème du groupe rock à la mode. La guerre des styles vestimentaires ne fait que commencer.
Si vous critiquez sans arrêt les goûts de vos adolescents, vous allez vous heurter à une résistance farouche. Êtes-vous obligé dimposer votre volonté dans chaque cas? «Si votre enfant sort avec des amis, recommande Keat, laissez-le donc shabiller comme il en a envie. Si cest vous quil accompagne, par contre, exigez de lui une tenue correcte. Il doit apprendre quil ne peut pas porter la même chose partout et que ses parents sont en droit de lobliger à se changer dans certaines circonstances.»
Si vous voulez que votre enfant ait confiance en lui plus tard, vous ny arriverez sûrement pas en mettant son intelligence en doute chaque fois quil commet une erreur. Aidez-le plutôt à se corriger en lui montrant comment sy prendre et en le félicitant lorsquil sexécute correctement.
Ce que vos enfants comprennent, cest: «Je ne veux plus de toi. Tu ne vaux rien .» «Ils risquent de sen souvenir longtemps - jusquà lâge adulte parfois», affirme Keat.
Si vous êtes exaspéré, note le Dr William Koch, directeur dun organisme new-yorkais daide aux parents, dites plutôt à lenfant quil vous met hors de vous. Mais surtout, faites en sorte de ne pas en arriver là. Lenfant qui connaît les règles et voit que ses parents les appliquent dune manière ferme et juste ne les irritera jamais au point de les amener à lancer, même à voix basse, une telle remarque.
Il ny a pas de meilleur moyen de persuader un enfant que son opinion de compte pas et, à la longue, de lui faire perdre toute estime de lui-même.
Essayez dabord la manière douce: «Calme-toi, ne ténerve pas, parle moins fort...» Si elle ne marche pas, imposez une sanction, calmement mais fermement. Éteignez la télévision ou envoyez lenfant dans sa chambre.
Les menaces vagues ne font quaffaiblir votre autorité. Elles incitent lenfant à vous défier pour voir jusquoù il peut aller.
Vous devez au contraire être précis et mettre la menace à exécution si lenfant nobéit pas. «Quand les parents sont inflexibles, dit Koch, les enfants ninsistent pas longtemps: ils savent ce quils risquent. Si lenfant est jeune, il suffira en général de lenvoyer dans sa chambre. Plus tard, la punition prendra la forme dune privation de privilèges.»
Tous les parents ont besoin dun peu de temps à eux, mais en repoussant un enfant, vous pouvez lui donner limpression quil est de trop dans votre vie. Sil sollicite votre attention, cest peut-être, justement, parce que vous ne lui en accordez pas assez.
Dans la mesure du possible, essayez dintégrer lenfant à vos activités. Même un tout-petit peut «aider» à mettre la table. Si vous devez absolument vous isoler, dites-le délicatement: «Je taime beaucoup, mais je suis trop occupé pour jouer avec toi maintenant.» Et promettez-lui daller le retrouver un peu plus tard.
Vous ne réussirez pas toujours à ravaler à temps les mots blessants qui vous montent aux lèvres. Heureusement, les enfants se remettent très vite dun chagrin quand on sait les consoler et leur demander pardon. Non seulement vous réparerez ainsi les dommages que vous avez pu causer, mais vous montrerez à lenfant ce quil doit faire lorsquil blesse involontairement quelquun.
Lessentiel, conclut Koch, cest que lenfant ne puisse jamais douter de votre amour.
Virage, Volume 1 Numéro 2, Hiver 1995
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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