Source: Germain Duclos, Danielle Laporte, Du côté des enfants, Volume III, Hôpital Sainte-Justine, 1995
Sentir que l'on fait partie intégrante d'un groupe ou que l'on a une niche sociale, cela constitue un besoin inné chez l'enfant comme chez l'adulte. L'école, davantage qu'une institution d'enseignement, doit être un milieu où il fait bon vivre.
Vous souvenez-vous de vos années à l'école primaire? Si oui, il y a fort à parier que vos souvenirs sont surtout d'ordre social ou relationnel. En effet, tous les adultes à qui j'ai posé cette question m'ont répondu qu'ils se souvenaient de tel ou tel camarade ou d'événements importants comme les spectacles de fin d'année. Rares sont ceux qui se souvenaient des contenus précis des programmes scolaires. Les bons moments, ceux qui sont nourris par des échanges humains remplis de chaleur, ont plus tendance à se conserver que les apprentissages purement didactiques.
Le sentiment d'appartenance à l'école contribue à prévenir l'abandon scolaire. Mais c'est aussi un besoin très important. Ainsi, un enfant de 9 ans va protester avec véhémence si on lui annonce soudainement qu'il va déménager et changer de quartier. Car il ne veut pas changer d'école ni perdre ses amis! Les enfants sont souvent plus conservateurs et attachés à leur milieu social que les adultes. Et ce phénomène est encore plus fort chez les adolescents.
Le sentiment d'appartenance à un milieu est intimement lié au développement de la socialisation. Au fur et à mesure que le jeune grandit, les camarades et les amis prennent de plus en plus d'importance dans sa vie et cela, au détriment des parents.
Tout individu est d'abord et avant tout un être social. Appartenir à un groupe, en faire partie intégrante est un besoin inné. Ce sentiment d'appartenance se développe grâce à plusieurs relations d'attachement et de complicité qui s'établissent d'abord avec les parents et la famille, puis avec les compagnons et les autres adultes. À partir de 7 ans, la bande d'amis constitue le réseau relationnel dans lequel l'enfant s'implique davantage. La gang devient l'antidote au sentiment de solitude sociale.
Cette solitude revêt une grande importance de nos jours. En effet, malgré tous les moyens de communication qui existent, de nombreux spécialistes constatent que les jeunes souffrent davantage de solitude qu'auparavant. On peut se sentir seul quand on ne se sent pas important aux yeux des autres ou quand les autres ont peu d'importance pour nous.
L'école est un instrument privilégié pour favoriser le développement de la socialisation chez les enfants et pour que se forme un sentiment d'appartenance à un milieu. Cette mission de l'école est aussi importante que celle qui consiste à transmettre des connaissances.
À l'occasion de la rentrée scolaire, les élèves de l'école Sainte-Marie, à Chambly, arboraient fièrement un slogan sur leur chandail: «L'école, c'est aussi ma famille et je m'y réalise!». Cette initiative, qui soulignait de façon éloquente l'appartenance des élèves à leur école, faisait partie d'un projet éducatif favorisant le développement de l'estime de soi des enfants qui avait été élaboré par le directeur, par l'équipe d'enseignantes et par les parents.
Toute école doit refléter les valeurs, les habitudes et les normes de la population qu'elle dessert tout en assumant sa vocation éducative. L'élaboration de son projet éducatif se fait autour des valeurs que partagent le personnel scolaire et les parents. De cette façon, l'école reste en harmonie avec la communauté dont elle fait partie au même titre que les autres organismes et institutions. C'est à ces conditions que les enfants et leurs parents peuvent se reconnaître en elle et s'y sentir bien.
Certaines écoles réussissent facilement à créer un climat où il fait bon vivre. À preuve, les vives protestations des parents et de la population du quartier ou du village quand on parle de fermer «leur» école. C'est comme si on leur arrachait quelque chose d'essentiel à leur réseau social.
Essayons de voir comment se manifeste le sentiment d'appartenance de l'élève à son école ou quels sont les indices révélateurs de cette appartenance.
Le premier indice est un sentiment de bien-être et de détente de l'élève à l'école. L'enfant a hâte d'y aller et, en général, ce n'est par pour les cours, mais pour ses camarades et pour les adultes qui sont là et qu'il aime. Il sent qu'il fait partie d'un groupe qui ne vaut pas tant par son nombre que par la fréquence et la qualité des relations de complicité qui se vivent.
L'élève ressent également de la fierté à l'égard de son école. Il en parle souvent et il en vante les mérites. Gare à celui qui ose dénigrer son école! De plus, il se sent responsable et utile. Il a la conviction qu'il joue un rôle important au sein du groupe par ses attitudes et que sa contribution personnelle n'est pas négligeable. Ce sentiment augmente son estime de soi.
Il se sent solidaire des autres et il est prêt à épauler ses compagnons lorsque le groupe fait face à une difficulté. Il participe activement aux activités, aux projets et aux décisions de son groupe d'amis et cela le valorise. Enfin, il respecte l'ameublement et le matériel qui sont mis à la disposition de l'ensemble du groupe.
J'ai observé que certaines écoles avaient su créer un bon sentiment d'appartenance chez les élèves et les parents. Voici les 10 grands principes sur lesquels ces écoles se sont appuyées pour réussir à établir un sentiment d'appartenance ou les 10 façons de favoriser ce sentiment.
Enfin, soulignons que le fait de créer un sentiment d'appartenance à l'école suppose aussi qu'on accepte les différences, dont celle que représentent les enfants et les parents d'ethnies diverses. L'école doit être ouverte à la diversité des richesses de l'humanité.
Virage, Volume 9 Numéro 1, Automne 2003
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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