Source: Réal Lajoie, psychiatre et psychanalyste. Direction de la santé publique-RRSSS-02.
Lenfant est un être en plein développement et en constante situation dapprentissage. Pour lui, lécole représente la vraie vie, un milieu où il continue la recherche de satisfactions de ses besoins affectifs et relationnels. Le jeune y apprend à tisser et à couper continuellement des liens à chaque année, parfois même en cours dannée avec les autres étudiants de sa classe ainsi quavec les différents professeurs et intervenants quil côtoie.
Établir des relations et les terminer peut poser un problème chez certains jeunes; les plus vulnérables sont souvent ceux qui ont été exposés à trop de ruptures ayant submergé leur capacité dadaptation (divorce, déménagements, maladies, décès dun parent, placements multiples, etc.). Alors la rupture dune relation dapparence anodine, dans son milieu familial ou scolaire peut provoquer des réactions insoupçonnées chez certains enfants qui déguiseront leurs blessures de différentes façons: agitation, difficultés dapprentissage ou «daccrocher» avec le nouveau professeur, révolte, tristesse...
On oublie souvent que pour établir une nouvelle relation ou pour aimer (et apprendre de) son nouveau professeur, lenfant aura à faire le «deuil» de celui ou celle qui nest plus là. Il est bon de se rappeler que terminer une relation implique toujours la présence de sentiments dabandon (quon en soit conscient ou non). Dun autre côté, il est essentiel pour établir une nouvelle relation davoir conservé sa capacité de faire confiance à nouveau, malgré les sentiments dabandon que laisse la rupture dune relation. Cest à ça que sert, entre autres, le processus de «deuil».
Ainsi, une façon de soccuper de la santé mentale des enfants, cest de devenir plus attentif aux ruptures auxquelles ils sont confrontés. Les adultes en relations avec les enfants (parents, professeurs, intervenants, etc.) sont les mieux placés pour effectuer un travail de préparation et/ou de support à la rupture. Ce travail consiste pour ladulte qui quitte, qui reste ou pour celui qui saperçoit dune difficulté, à parler avec lenfant du départ à venir ou de la personne qui a quitté. Ceci, afin dexplorer avec le jeune les divers sentiments, souvent contradictoires, qui lhabitent: négation de la perte ou sentiment de colère, de trahison, de peine, dennuis, etc.
Ce qui compte le plus dans ce processus cest daider lenfant à reconnaître que les sentiments mêlés, confus, irrationnels, parfois interdits, qu'il ressent sont légitimes et normaux. Il ne faut as oublier quune des conséquences importantes dune bonne santé mentale, cest davoir la conviction quon a raison davoir les sentiments que lon a, même si nous ne comprenons pas toujours leur raison dêtre.
Virage, Volume 7 Numéro 1, Automne 2001
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
Site internet: www.acsm-ca.qc.ca Courriel: info@acsm-ca.qc.ca