Source: Fitzhugh Dodson, Sélection Readers Digest, Août 1988
Quelques conseils qui vous aideront à améliorer le climat familial.
Depuis trente ans, comme psychologue et éducateur, jessaie de convaincre les parents que la meilleure forme de discipline consiste à expliquer aux enfants pourquoi tel ou tel comportement nest pas admissible et comment le corriger. Apprendre à lenfant à bien se conduire passe par un principe essentiel et fort simple: lorsque vous êtes satisfait du comportement dun enfant, récompensez-le en le gratifiant dun sourire, dun câlin ou dune petite tape amicale sur lépaule - nimporte quel signe qui le valorise à ses propres yeux.
Cette attitude fait merveille. Imaginez, par exemple, un gamin de quatre ans et son petit frère de deux ans accompagnant leur mère dans un grand magasin. Laîné se retient de courir, de tripoter les jouets sur les rayons, de taquiner son petit frère. Comment en est-il remercié? Sa mère, ravie de profiter de ces quelques instants de calme, continue ses achats sans faire attention à lui. La conduite du gamin change-t-elle? Commence-t-il à galoper dans tous les sens? Aussitôt, la mère lui manifeste de lattention... en le grondant. Sans le savoir, elle enfreint la «loi des croustilles molles».
Bien sûr, lenfant préfère les croustillantes, mais, si on ne lui en donne que des molles, il les mangera quand même. En dautres termes, lenfant espère en général obtenir une attention bienveillante de ses parents; mais sil ny parvient pas, il se contentera de rapports conflictuels.
Malheureusement, les parents ont tendance à soccuper davantage de leurs enfants lorsqu'ils font des bêtises, ce qui pousse ces derniers à continuer, puisque cest ainsi quils attirent le mieux lattention.
Le problème essentiel est donc dencourager les conduites positives chez lenfant. Voici quelques conseils qui devraient vous y aider:
Trop souvent, entre parents et enfants, prédominent des conversations qui nen sont pas, du genre: «Brigitte, enlève tes mains de ce meuble!», «Michel, combien de fois faudra-t-il te répéter de ne pas taquiner ta sœur?» Interdictions, interpellations qui se bornent à donner des ordres aux enfants.
Un bon moyen de nouer des relations avec son enfant est de lui raconter une histoire. Pourquoi les parents devraient-ils garder pour eux des incidents intéressants ou amusants de leur jeunesse? Les enfants adoreront les entendre parler dune bêtise quils ont faite étant petits, car ils pourront sidentifier à eux et en rire. Et ils se sentiront encouragés à se raconter à leur tour, à se confier plus facilement.
Il est également utile davoir des activités communes, pour le plus grand plaisir des petits. Ainsi, jai emmené les miens visiter la caserne des pompiers, le poste de police, limprimerie dun journal. Ce sont des expéditions dont ils se souviennent encore avec plaisir.
Efforcez-vous détablir des relations de confiance. Cela exige une grande sincérité à légard de lenfant, même si, temporairement, la vérité doit lirriter ou leffrayer. Si vous lui racontez, par exemple, quune injection ne fait pas plus mal quune piqûre de moustique et quil a limpression dêtre piqué par une guêpe, ne vous étonnez pas, ensuite, sil met en doute votre parole sur des sujets importants! La confiance implique aussi que les promesses soient tenues. Si vous prenez un engagement, respectez-le scrupuleusement, cest très important.
Fixez des objectifs simples. Sachez dès le départ quelles attitudes vous souhaitez encourager ou, au contraire, décourager.
La maman qui souhaite être aidée davantage à la maison saisira le moment où lenfant range ses vêtements pour le remercier dun sourire ou dun petit mot doux. En revanche, lorsque lenfant fait preuve de mauvaise volonté, mieux vaut ne pas prêter trop attention à cette conduite «indésirable».
Il faut savoir, bien sûr, que ce qui motive un enfant peut navoir aucun effet sur un autre. On fera donc varier les récompenses: quelques pièces de monnaie pour lun, un bonbon pour lautre, ou un jeu avec les parents pour un troisième... De toute façon, les récompenses sont efficaces lorsquelles suivent immédiatement le comportement à encourager. Sil faut souvent y recourir au début, lenfant saura très vite sen passer, se satisfaisant davoir bien agi.
Cest une méthode qui a fait ses preuves: dès quil est assez grand, lenfant décide lui-même de ce quil fera pour obtenir telle ou telle récompense. Sil a son mot à dire et sil a, de plus, le sentiment que larrangement lui profite, il aura intérêt à le respecter. Pareil système tend à éliminer les disputes, puisque deux parties se sont mises daccord sur les termes. Veillez seulement à neffectuer le «paiement» quaprès et non pas avant. Ne vous laissez fléchir par aucune récrimination: lenfant nest pas obligé de prendre plaisir à respecter son engagement; on lui demande simplement de tenir parole.
Les enfants se retrouvent trop souvent dans un cadre uniquement réservé aux adultes; on laisse à leur portée des objets fragiles, quitte à se fâcher sils cassent quelque chose.
Jai vu récemment, à un match de football, un père frapper son fils de deux ans parce quil se mettait debout sur son siège et lançait du pop-corn. Lhomme aurait dû réaliser quil avait pratiquement tout fait pour provoquer un tel comportement. Aurait-il apprécié, lui, de se retrouver assis derrière des gens plus grands que lui, sans rien voir dun spectacle dailleurs inintéressant?
Sachez prévoir les moments, en fin daprès-midi par exemple, où votre enfant a tendance à être fatigué ou capricieux. Proposez-lui quelque chose à grignoter, des activités tranquilles; parlez-lui avec douceur.
Respectez le besoin dintimité des enfants. Sils partagent la même chambre, aménagez un coin, un placard ou ne serait-ce quun tiroir où chacun deux pourra ranger ses affaires personnelles.
Avant de prendre la route, cherchez avec eux des idées pour rompre la monotonie du trajet. Emportez des jouets, des cassettes; proposez-leur des jeux dobservation ou des devinettes. Suivez litinéraire sur la carte et demandez-leur de trouver des endroits à visiter. Ils seront ravis de participer aux décisions.
En cas de crise grave, si votre enfant devient insupportable - sil frappe un autre enfant, casse volontairement quelque chose ou jette de la nourriture - formulez clairement votre mécontentement, puis décrétez une pause et envoyez le coupable dans sa chambre. Lidée est dintroduire une sorte de rupture entre lenfant et ce qui provoque sa conduite désordonnée. Cinq minutes disolement, ce nest pas un manque dattention, ce nest pas non plus une récompense. Cest un entracte qui lui permettra de se calmer.
Si lenfant refuse daller dans sa chambre, il faut ly conduire fermement. Sauf sil se met à tout casser (auquel cas il faudra évidemment sévir), ne vous occupez pas de ce qui se passe ensuite, sinon vous risquez dêtre contraint à une épreuve de force. Sil proteste ou pleurniche, ny faites pas attention. Une fois quil sera habitué à ces moments disolement, il finira par les accepter, et vous arriverez à lui imposer un comportement moins explosif.
Il mapparaît essentiel dinciter les enfants à se confier, quil sagisse de plaisirs ou dennuis, au lieu de tout accumuler en eux. Quand ils déballent ce quils ont sur le cœur, on peut répondre à leurs besoins au lieu de sinterroger vainement sur leur humeur de chien, ou de supporter leur agressivité.
Les enfants hésitent à se fâcher ou à se plaindre, par crainte que leurs parents ne les aiment plus. Enseignez-leur que les mouvements dhumeur font partie des relations saines et normales. Aidez-les à exprimer ce quils ressentent et à formuler leurs désirs ou leurs répulsions sans blesser personne.
Apprenez-leur aussi à se défouler physiquement, que ce soit en tapant sur un ballon ou en exprimant leur colère dans une peinture. Une fois quils auront appris à reconnaître leurs mouvements dhumeur et à les exprimer de façon constructive, ils auront moins de peine à maîtriser leurs émotions.
Lenfant a besoin de comprendre et didentifier ce quil ressent. Il faut donc lécouter attentivement, cest-à-dire sefforcer de saisir ce quil veut dire, l'interpréter à votre façon, puis lui renvoyer cette interprétation afin de vous assurer quil ny a pas de malentendu.
Un enfant a besoin de sentir que vous voulez bien vous mettre à sa place et prendre ses sentiments au sérieux. Sil vient de rater une dictée et quil dit: «Je suis nul! Jai horreur des dictées!», ne lencouragez pas dans cette conduite déchec. Ne lui faites pas non plus de sermon du genre: «Tu nas quà travailler un peu plus.» Décodez plutôt son message, et dites-lui: «Je comprends que tu sois contrarié et que tu te fasses du souci pour tes prochaines dictées.» De la sorte, il sentira que vous êtes de son côté et sera plus réceptif à vos conseils.
Si vous grondez lenfant, employez le «je». Les mécontents se servent trop souvent du «tu», en lançant des phrases comme: «Tu rentres toujours en retard.» Par cet emploi de la deuxième personne, ils portent un jugement à priori qui peut inciter lenfant à se mettre sur la défensive. Au contraire, en parlant à la première personne, vous lui expliquez ce que vous inspire personnellement sa conduite. Par exemple: «Je suis... (inquiète) quand tu... (vas jouer chez un copain sans me prévenir), parce que je... (me demande sil ne test rien arrivé).»
Cette façon dexpliquer les choses contribue à maintenir lindispensable communication avec vos enfants. Il peut sembler paradoxal dassimiler ces méthodes à une discipline, mais tout séclaire lorsquon fait la distinction entre discipline et punition. Limportant est davoir à lesprit lintérêt de lenfant et ce que votre réaction lui apprend.
Lorsquon se préoccupe davantage de leurs forces que de leurs faiblesses, les enfants réagissent de façon positive et le climat familial sen trouve grandement amélioré. En somme, tout le monde y gagne.
Virage, Volume 8 Numéro 1, Automne 2002
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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