10 tactiques pour se faire écouter sans crier
Source: Anne-Marie Delisle, psychoéducatrice, Coup de pouce, PARENTS, Octobre 1997.
Un jour ou lautre on se surprend à crier aux enfants ce quon a déjà répété cinq ou six fois calmement. Sous le coup de la surprise, ils sexécutent. Mais, si la scène se répète, ils finissent par shabituer à nos cris et ne réagissent plus. Heureusement, il y a dautres façons de se faire écouter.
- Établir un contact visuel
On a plus de chances dattirer son attention si on dit à lenfant: «Regarde-moi quand je te parle.» Si on crie du haut de lescalier alors quil regarde la télévision, le contact ne sétablira pas.
- Définir clairement nos attente
On dit généralement: «Va faire ta chambre.» Mais quest-ce que ça veut dire? Pour lenfant, cest peut-être faire son lit. Alors que, pour nous, cest aussi ramasser son linge sale, débarrasser sa table de travail et ranger ses livres. Une suggestion: coucher nos attentes sur papier, les illustrer de petits dessins et les afficher. Ce sera un aide-mémoire et une sorte de contrat: on sentend sur ce que cest faire sa chambre.
- Intervenir rapidement
On ne doit pas attendre dêtre à bout. On intervient dès quil y a désobéissance: on sera moins en colère et on risquera moins de perdre le contrôle. Certains parents donnent une limite de temps: «Je compte jusquà 10. Si, à 10, tu nas pas fait ce que je tai demandé, tu iras réfléchir dans ta chambre.» Et on tient parole sil ne sexécute pas dans les délais. Attention aux menaces du genre: «Je vais enlever la télévision.» «Je vais appeler la police.» Il est bien évident quon ne le fera pas. Lenfant finira par ne plus nous écouter et, quand on se mettra en colère et quon menacera de le punir, il attendra simplement que lorage passe.
- Briser une routine qui nous déplaît
Un scénario classique: lenfant rentre à la maison, enlève ses bottes près de la porte, fait un pas et se libère de son sac, deux autres pas et dépose sa boîte à lunch. Le plus urgent, pour lui, cest de manger. De toute façon, il sait quon va lui rappeler de ranger ses affaires. Et le scénario se répète jour après jour.Pas facile de le changer quand on nest pas toujours à la maison pour accueillir lenfant. Si on le peut, pendant quelques jours on essaie dêtre là quand il arrive de lécole et on lui fait recommencer son entrée. Avec humour, on lui demande de ressortir avec tout son bagage et on prend une nouvelle prise, comme au cinéma. Avant, on sassure quil se souvient de ce quil a à faire. On pourrait changer le début de la séquence: il entre par la porte arrière au lieu de celle de devant. On en profite pour établir de nouvelles règles et on colle de petits mots de rappel sur le réfrigérateur ou sur lécran du téléviseur. Il faudra une semaine ou deux avant quune autre routine commence à sinstaurer. Patience!
- Faire vivre à lenfant les conséquences de ses actes
«Tu ne veux pas mettre la table pour le souper; va dans ta chambre. Quand tu seras intéressé à vivre avec nous et à participer à la préparation du repas, tu viendras mettre la table.»
- Ne rien laisser passer
Quand on établit une règle, on doit être certaine de vouloir et de pouvoir la faire respecter. Si on ne sévit pas chaque fois quelle nest pas respectée, elle ne tiendra pas longtemps. Les enfants nous ont souvent à lusure. Alors soyons aussi tenace queux. Ce quon a décidé, on y tient.
- Lencourager quand il fait un bon coup.
Nous intervenons régulièrement quand quelque chose ne va pas ou nous dérange, mais quand lenfant saméliore, nous oublions parfois de le souligner. Lenfant est très sensible à notre opinion, de même quà celle de ses professeurs et de ses amis. Sil sent que nous reconnaissons ses efforts, cela lencouragera à poursuivre dans la bonne voie. Et attention quand nous avons un reproche à lui faire! Ne pas dire: «Tu coupes toujours la parole.» Les «jamais» et les «toujours» sont parfois blessants. La veille, lenfant peut avoir attendu son tour pour parler. Il se dira «Pourquoi faire des efforts pour maméliorer? Maman ne les remarque pas.» Il est important de renforcer les comportements positifs, même sils ne sont pas fréquents. Ça finit par être payant.
- Être ferme et affirmatif
Si on a des doutes sur la pertinence de ce quon lui demande, notre enfant le sentira et ne nous écoutera probablement pas. Avant détablir des consignes, il faut donc se demander quelles valeurs on veut transmettre. Quand les règles sont claires pour nous, on doit être bref: on a dit non, cest non. On donne les explications essentielles, mais il nest pas nécessaire de tout justifier. Et on exprime la consigne par une phrase affirmative: «Va dans ta chambre!» On dit parfois: «Noublie pas de faire ta chambre.» ou encore: «Veux-tu aller faire ta chambre?» On laisse une porte de sortie à lenfant.
- Se mettre daccord avec son conjoint
Les adultes doivent passer le même message. Si maman donne la permission alors que papa refuse, on détruit lautorité de papa. Et vice versa. Lenfant comprend vite la dynamique et manipule les parents.
- Réfléchir chacun de son côté
Quand notre enfant a désobéi, on peut lenvoyer réfléchir dans sa chambre. La distance permet à tout le monde de se calmer et dy voir plus clair. Et il ny a aucune honte à dire: «Laisse-moi le temps dy penser, et toi, cherche des solutions de ton côté» car nous navons pas nécessairement réponse à tout, tout de suite. Quand on demande aux enfants de résoudre le problème avec nous, ils se sentent concernés et acceptent mieux les contraintes de la vie en famille.
Quand la crise est sur le point déclater
- Observer les signes avant-coureurs. «Jai les poings serrés, je hausse le ton etc.»
- Quand on sent monter la pression, se retirer quelques instants. Changer de pièce, prendre le temps de se calmer et dire: «Attends un peu, laisse-moi quelques minutes pour respirer. Jen ai besoin.»
- Essayer de comprendre ce qui se passe en nous. «Suis-je en train de déverser mon stress du bureau sur les enfants? Ce que je lui demande est-il si important? Est-ce vraiment lattitude de mon garçon qui me met en rogne? Est-ce que je réagis de façon exagérée?
- Identifier les déclencheurs. «Jai limpression quil ne mécoute pas. Jai répété la consigne plusieurs fois. Mon garçon rouspète.» En identifiant ce qui nous dérange, on peut prendre des moyens pour intervenir plus rapidement, avant que la situation ne dégénère.
Crier est-ce si terrible?
Il faut faire une distinction entre exprimer ses émotions, sa colère, et perdre le contrôle. Souvent, les gens se sentent démolis et démunis devant la colère dun collègue ou dun conjoint. Dans leur famille, exprimer sa colère, ça ne se fait pas, cest synonyme de destruction. Pourtant la colère est lexpression bien légitime dun sentiment. Il est important de le faire savoir aux autres quand quelque chose nous déplaît. Et puis, si les enfants nont jamais entendu quelquun élever la voix, ils seront impressionnés, peut-être même traumatisés, quand ils rencontreront un professeur qui parle fort.
Crier peut être un moyen dintervention quand on doit saisir un enfant pour lui éviter un danger, larrêter parce que son comportement est inacceptable ou attirer son attention. À nous dutiliser ce moyen avec discernement.
Si on crie à tout moment, lenfant ne réagira plus. Ne pas oublier aussi que baisser le ton est aussi une façon de lamener à tendre loreille. Lidéal est de ne pas crier, mais inutile de se sentir coupable si on sest échappé. On a aussi droit à lerreur, non?
Virage, Volume 4 Numéro 4, Été 1999