Source: Marie Gauthier. Tiré de lÉquilibriste, Vol.1 No.3, Mai 94
À une époque où quelques-uns sont si désabusés par le drame humain rabâché à chaque bulletin de nouvelles, à chaque émission daffaires publiques ou à chaque téléroman, à un point tel quils en viennent saturés ou apolitisés, tels des zombis se réveillant au timbre du radio-réveil-automatique, le bonheur semble un satellite en orbite autour de la planète. De plus en plus loin dans lespace et dans le temps, à des années lumières de nos vies, comme si elle ne se trouvait nulle part sur terre, la félicité paraît quasi inaccessible ou à tout le moins lapanage dune infime minorité, peut-être même dune élite...
Devant tant de détresse, de morosité et de lassitude, lêtre humain a besoin du bonheur pour se maintenir en santé comme la plante verte a besoin de lumière. Contre vents et marées, des individus semblent programmés comme une tête «chercheuse» vers ce but ultime, promesse déquilibre et de sentiment de satisfaction. Pour certains, sa recherche savère une démarche vers léquilibre, alors que dautres encore lauraient trouvé à proximité.
Le sujet, traité sous langle philosophique, sociologique, psychologique ou autre, provoque un engouement phénoménal. Il semble que des centaines de livres ont été publiés sur la question depuis les années soixante-dix en Amérique. Une seule et même enquête aurait permis de recenser les propos et commentaires de centaines de milliers de personnes. Sans mentionner dautres enquêtes sy intéressant directement.
Jonathan Freedman, auteur dune enquête américaine sur le bonheur, laquelle a été menée auprès de cent mille personnes, a écrit: «La quête du bonheur nimplique pas davantage que nous recherchions le plaisir physique, bien que ce soit là une source de bonheur pour la plupart dentre nous; ni que nous cherchions dabord à nous éviter toute peine et souffrance. Nous avons chacun des besoins différents, des satisfactions provenant de différentes sources. Pourtant, nous voulons tous être heureux et nous définissons notre vie pour une grande part en considération de notre degré de bonheur.»1 Sans aucun doute, toutes les enquêtes sociologiques et les statistiques possibles sur le suicide ne le démentiraient en rien. Le bonheur est aussi une affaire de sens, de vie intime et daspirations... On ne peut y penser sans réfléchir incidemment à ses propres conditions de vie. Le mot «bonheur» est une équation des expressions de «qualité de vie» et «satisfaction personnelle».
Dans un contexte de crise socio-économique, la famille devient souvent un refuge pour trouver quelques moments de paix, encore faut-il en avoir une. La famille, celle qui demeure et perdure, envers et contre tout, devient alors pour lindividu en situation de crise le dernier des refuges et, apparaît comme loasis au beau milieu du désert.
Pour lAssociation canadienne pour la santé mentale qui le clame haut et fort à qui veut bien lentendre: La santé mentale ça commence à la maison! 2 Tout comme le bonheur ou son négatif y ayant été expérimenté dès la prime enfance... Le passé familial peut savérer un héritage, un handicap, une prédisposition à le vivre ou à le décliner. Cest le cas de certains enfants tristes qui, devenus adultes, portent les blessures de leur enfance et se refusent au bonheur.
Il va de soi que pour chaque individu et ce, dès lâge du berceau, peu importe la forme de sa famille, elle repose au coeur du bonheur. Cependant, sans famille on peut aussi vivre le bonheur. On ne peut choisir sa famille mais on peut choisir de sen fabriquer une et, pourquoi pas sen recomposer une.
Le dicton populaire dit: «les gens heureux nont pas dhistoire», pourtant lhistoire dAmour semble lexception qui confirme la règle. Toujours selon la même enquête américaine de Freedman, les gens heureux le seraient selon une échelle de valeur tenant compte de facteurs économiques, personnels et intimes. Cependant ils placent le mariage, la famille, les amis et les enfants sous la plus importante influence. Il apparaît que les gens qui aiment et qui sont aimés sont plus heureux que les autres. Pourtant lamour, un besoin fondamental pour toutes les personnes, nentraîne pas nécessairement le bonheur, non plus que lamour ou plutôt la relation amoureuse ne soit une garantie de bonheur.
Pour Réjean Arseneault, comédien et marionnettiste, lamour tient beaucoup de place et le simple fait de fêter la St-Valentin peut devenir une manifestation destime ayant un impact important sur la santé mentale, une façon denjoliver la vie à travers la grisaille et la morosité du quotidien. «La tendance de zapper sur les relations amoureuses comme on zappe sur les programmes de télé, est forte», comme il lécrit dans un article intitulé «Fêter la St-Valentin»3 . Il faut savoir cultiver son amour, comme disait le Petit Prince de St-Exupéry mais aussi, faut-il être bienveillant pour conserver celui que lon possède.
Selon le psychiatre Viktor E. Frankl 4 , la raison de vivre compte pour beaucoup chez certains individus confrontés aux pires atrocités. Soumis aux mêmes conditions de détention, à la faim, aux mauvais traitements, ce sont lespoir, le désir et les projets qui joueront un rôle majeur dans leur vie.
Quant à lui, le Dr Bernie Siegel 5 croit que les cancéreux, sidéens et malades du coeur survivront aux statistiques, sils sont en mesure de puiser en eux la force de réagir et de se prendre en charge.
Pour la revue Psychologie, «une conscience claire de ce qui donne du prix à la vie paraît constituer, dans ladversité extrême, le meilleur des viatiques» 6. Cette lucidité sensible remplace le secours et le soutien indispensable au malade gravement menacé, seul moyen de parvenir à léquilibre qui a été rompu... parce quen construisant léloge de la vie, on gagne en endurance et en bonheur!
Cest bien connu, les meilleurs recettes sont souvent celles que lon réalise avec les ingrédients que lon a sous la main. Il en va de même pour le bonheur, qui semble parfois utopique, mais qui sédifie au jour le jour avec des plaisirs tout simples - les petits comme les grands.
Le bonheur se trouve associé aux notions de plaisir et de jouissance active de la vie ou à lextrême, à une action plus calme, paisible, passive ou encore intérieure. Prendre plaisir à des actions simples, courtes et circonscrites dans le temps permet de se réconcilier avec limage et la perception que lon sen fait. La pratique dactivités ludiques ou dun passe-temps, enfin tout acte de créativité propice à se payer du bon temps inscrit le bonheur dans nos moeurs. Bref, il suffit souvent de bien peu de choses pour en faire la découverte. Mais dabord et avant tout, sapprivoiser à lidée de perdre quelquefois son temps et se réhabiliter au plaisir. En ce sens, la confiance et surtout lestime de soi figurent en tête de liste.
Pour Josette Bouchard, une professionnelle de la santé, son crédo se résume à dix petits commandements, simples et faciles à mettre en pratique.
Virage, Volume 4 Numéro 3, Printemps 1999
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
Site internet: www.acsm-ca.qc.ca Courriel: info@acsm-ca.qc.ca