Source: Le Bloc-Notes, Bulletin d’information en promotion de la santé,publié par le Centre ontarien d’information en prévention www.opc.on.ca/fls , Volume 4 Numéro 20,4 février 2002. http://testweb.opc.on.ca/blocarchive/Articles/v04n20_04fev02_parler-desante-mental.htm(page consultée le 3 juin 2004)
Depuis quelques années, nous pouvons tous observer une augmentation du taux de personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. On explique cette augmentation principalement par les profonds changements qui sont apparus au cours de la dernière décennie. Ces changements sont survenus à différents niveaux dans la société: dans les rapports entre les générations, entre autres par rapport aux jeunes, à la place qui leur est assignée et à la transmission inter-générationnelle, les transformations sociales actuelles comme la montée de l’individualisme, l’augmentation du nombre de divorces, la redéfinition des rôles des hommes et des femmes, les nouveaux visages du couple et de la famille. La dépression, l’anxiété, le stress et le malaise intérieur face à la vie actuelle, ne sont que quelques-unes des manifestations les plus courantes de problèmes de santé mentale que vivent les personnes aujourd’hui.
Voici des statistiques quelque peu alarmantes:
(Source: Alliance canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale (ACMSM)- (http://www.cpa-apc.org/French_Site/Public/Action/callforaction.asp)
La promotion de la santé mentale, dans son sens large, se définit comme étant la capacité de l’individu, du groupe et de l’environnement d’avoir des interactions qui contribuent au bien-être subjectif, au développement et à l’emploi optimal des capacités mentales de la personne, à la réalisation de buts individuels et collectifs justes et à la création de conditions d’égalité fondamentale
(La santé mentale des Canadiens, 1989 ).
Elle vise surtout la volonté et la capacité des individus et des communautés de prendre en charge leur santé et leur vie
(Promotion de la santé mentale: l’heure est venue, Santé Canada 1996).
Les causes de la maladie mentale sont complexes et multidimensionnelles et les composantes sont difficiles à cerner.
Conception multidimensionnelle de la santé mentale:
Donc la santé mentale est bien plus que l’absence de troubles mentaux. La conception actuelle de la santé mentale reconnaît l’importance de plusieurs facteurs tels que:
Les principes et pratiques de promotion de la santé mentale reflètent ceux adoptés par l’approche globale de la promotion de la santé mentale, donc ils amènent les gens à exercer un contrôle accru sur leur santé et à l’améliorer.
Ces principes et pratiques …
(Promotion de la santé mentale: L’heure est venue 1996)
L’incompréhension de la maladie mentale peut aussi être un problème. Même des personnes qui sont proches, comme les membres de la famille immédiate et les amis, donnent l’impression qu’elles ne comprennent pas la maladie elle-même et ses impacts sur la personne qui en est atteinte. Cette incompréhension accentue les problèmes rationnels, augmente le sentiment d’isolement social, entraîne des lacunes dans la qualité de l’écoute et amène aussi des problèmes d’acceptation et parfois le rejet des comportements inadéquats de la part de l’entourage. L’environnement devient alors pour la personne atteinte un source significative de stress. C’est alors que des situations anodines pour certains deviennent pour d’autres une source d’anxiété latente. Sachant que les maladies mentales peuvent susciter des réactions négatives dans leur entourage, certaines personnes atteintes adoptent des stratégies de dévoilement sélectif de leurs troubles. Par exemple, aller consulter pour les personnes atteintes de maladies mentales n’est pas si facile et cela est souvent perçu comme un signe de faiblesse, d’échec, d’incompétence, qui soulève souvent de la honte. Ces personnes craignent d’être mal perçues et même rejetées de leur entourage. Les maladies mentales font donc encore beaucoup peur, c’est pourquoi que bien souvent on va les associer à des comportements antisociaux.
Ces préjugés ont des effets dévastateurs sur les personnes atteintes. Ils augmentent l’isolement social, le rejet et ils entraînent l’incompréhension, le mépris envers ces personnes. Des plus, ils amènent ces personnes à se replier sur elle-même, à cacher leur mal, à dissimuler la réapparition des symptômes, à vivre de la dépression et de la colère.
Intervenir auprès des individus
Pour intervenir efficacement en santé mentale, il faut le faire de façon simultanée sur le mode de vie de l’individu (habitudes de vie, loisirs, relations affectives), les milieux de vie (famille, réseau social et personnel), de même que sur les conditions de vie plus larges (structure sociaux-économique, valeurs sociales et culturelles, politiques publiques). Le rôle de l’intervenant est alors de trouver en eux et autour d’eux des ressources pour faire face aux aléas de la vie.
3 facteurs pour promouvoir la santé mentale:
Bruno Fortin, auteur du livre «Intervenir en santé mentale» (1997, Montréal: Fides), suggère les stratégies suivantes pour intervenir efficacement auprès de personnes qui souffrent de maladie mentale:
1. Établissez un lien avec la personne et mettez-la suffisamment à l'aise pour qu'elle puisse collaborer avec vous. - Un long silence ne suffit pas. L'intervenant aura à se présenter, à être attentif et disponible dans le contexte d'un lieu permettant la confidentialité où il ne sera pas interrompu. C'est à l'intervenant à s'ajuster au rythme et au niveau de langage du client. C'est souvent en écoutant que nous faciliterons l'expression des émotions, des souhaits, des intentions positives et des efforts fournis.
2. Identifiez la souffrance et faites preuve de compassion - Le client a besoin d'exprimer ce qui le préoccupe, ce qui l'amène à consulter maintenant. Pour établir un lien avec l'intervenant, il aura besoin d'exprimer ce qu'il considère important pour que l'on comprenne l'évolution de son problème, le sens qu'il lui donne ainsi que son explication personnelle quant aux causes de ce qu'il vit.
3. Déterminez un objectif ou un but aux rencontres. - En exprimant ce qu'il souhaite obtenir des rencontres dès le début, le client mobilise son énergie dans une direction positive. En s'interrogeant sur ce qui lui permettra de savoir que l'intervention a été efficace et sur les critères qui permettront de déterminer qu'elle n'est plus nécessaire, il intègre l'idée que l'intervenant en santé mentale ne sera pas toujours là. Il se responsabilise quant à la prise en charge du reste de sa vie.
En fragmentant le chemin à parcourir en plusieurs étapes, en fixant des buts intermédiaires et en déterminant ce qui serait une première étape, l'intervenant favorise l'établissement d'attentes réalistes. Nous chercherons un objectif aussi concret et réaliste que possible, en accord avec les buts personnels de la personne. Nous souhaitons que le client comprenne de quelle façon ses efforts le rapprochent de son but.
4. Communiquez votre compréhension et votre désir d'aider - Dire que l'on comprend ne suffit pas. Le patient se sentira compris si l'on peut formuler notre perception de la nature du problème. Tout en soulignant que tous les problèmes ne seront pas réglés immédiatement, comme par magie, l'intervenant suscite l'espoir en suggérant une démarche dans la direction désirée.
5. Clarifiez votre rôle, votre disponibilité et le mandat associé au contexte dans lequel vous travaillez. - En précisant comment vous pouvez aider ce client, vous établissez des balises sécurisantes qui lui permettront d'avoir des attentes réalistes à votre égard. Plus le client comprendra votre façon de travailler, plus il pourra collaborer en sachant ce que vous attendez de lui.
Au besoin, clarifiez les règles · Demandez le respect des limites · Responsabilisez.
Agissez d'une façon responsable en respectant les règles de la morale, de la déontologie et de l'éthique.
6. Nuancez les idées, les pensées et les croyances. - Observez attentivement le mode de pensée de la personne que vous aidez. Invitez-la à se poser des questions fécondes. Comparez les efforts à fournir avec les ressources disponibles. Évaluez les risques réels associés au changement et les avantages anticipés. Invitez-la à se faire des commentaires utiles et se donner des directives efficaces.
7. Faites place aux émotions puis remettez les émotions à leur place. - Certaines personnes n'ont pas accès à leur émotions. L'intervenant en santé mentale les aidera à faire plus de place aux émotions dans leur vie. D'autres sont continuellement submergées par leurs émotions. Elles atteignent une durée, une fréquence et une intensité telles qu'elles les paralysent ou les rendent inefficaces. L'intervenant en santé mentale les aidera à remettre leurs émotions à leur place pour retrouver l'accès à leur capacité de raisonner et de faire des plans.
8. Amenez votre client à satisfaire ses besoins. - Notre histoire personnelle nous façonne. Elle nous aide à donner un sens à notre expérience. Il n'est pas toujours nécessaire d'y puiser abondamment. Certains problèmes se règlent par un enrichissement du présent: apprendre à s'affirmer, à résoudre des problèmes, à mieux communiquer, à se détendre et à mieux prendre soin de soi. Une vie satisfaisante soigne bien des blessures. L'importance que l'on accordera au passé dépendra de son poids dans la balance du présent.
L'intervenant en santé mentale n'est pas là pour satisfaire les besoins personnels du client. Cela créerait une relation de dépendance où l'intervenant devient un "ami payé". L'intervenant est plutôt là pour explorer avec lui comment il peut aller satisfaire ses besoins auprès des gens de son entourage.
9. Tenez compte du contexte de vie du client. - Encouragez votre client à maintenir et à agrandir son réseau social. Prenez soin de vérifier si votre client est déjà sous les soins d'un autre intervenant et évitez de saboter le plan de traitement déjà en place. Créer des liens avec les ressources de la communauté. Collaborer au besoin avec les familles et les autres aidants. Soutenez la personne au niveau de la négociation et de la défense de ses droits.
10. Suivez l'évolution de la situation. - Prenez le temps d'évaluer à nouveau la nature du problème. Il peut avoir changé. Il peut être résolu. Le véritable but des rencontres peut être devenu plus clair. Vous pouvez également constater l'inutilité de votre intervention et y mettre fin. Reconnaissons humblement les limites de nos capacités.
L'intervenant en santé mentale est son propre outil de travail. Il importe donc qu'il se connaisse le mieux possible. Cela lui apprendra à s'utiliser plus efficacement, à mieux planifier son développement et à éviter d'aller au-delà de ses compétences. La connaissance de soi permet en effet de connaître ses limites. Elle permet également de connaître son idéal et de réviser ses critères d'évaluation afin d'éviter de se demander l'impossible.
Les stratégies développées pour promouvoir la santé mentale doivent donc tenir compte des différents déterminants de la santé tels que le revenu, la scolarité, le rang social, le réseau d’une personne, son estime de soi car «mieux elle sent qu’elle exerce une certaine emprise sur sa vie donc plus cette personne aura tendance à être en santé»
(Forum national sur la santé, 1997)
Les stratégies de prévention et de promotion de santé mentale tant au niveau individuel que social doivent être déployées à la fois par la personne qui vit avec des troubles mentaux, les acteurs du milieu de vie qui soutiennent cette personne qui pourraient le faire et par toute la société également.
La capacité de contrôler sa vie et d’agir sur son environnement de façon à éviter ou à diminuer les difficultés ainsi que la flexibilité, c’est-à-dire la capacité d’adaptation à des situations complexes et à la capacité d’imaginer tout un ensemble de solutions (Wheaton, 1983) sont les deux principales habiletés qui permettent à une personne de résoudre ses problèmes. La santé mentale d’une personne s’apprécie à sa capacité d’utiliser ses émotions de façon appropriée dans les actions qu’elle pose, d’établir des raisonnements qui lui permettent d’adapter des gestions aux circonstances et de composer de façon significative avec son environnement.
La santé mentale devient aussi une affaire sociale ou chacun à un rôle à jouer. Dans la pratique, non seulement retrouve-t-on l’utilisation combinée de plusieurs stratégies mais on assiste également très souvent à un regroupement de moyens d’action mis en oeuvre à partir de ces stratégies. Les interventions qui visent à promouvoir la santé mentale exigent une plus grande collaboration et un meilleur partage des pouvoirs et des responsabilités entre les intervenants, les organismes qui offrent des services aux personnes atteintes et la communauté.
L’approche traditionnelle en santé mentale mettait davantage l’accent sur les capacités de la personne à s’adapter à son environnement. De nos jours, on reconnaît le rôle joué par l’environnement dans l’intégration de l’individu, des groupes et des communautés. La santé mentale n’est pas du seul ressort de la responsabilité individuelle. Elle relève aussi de la responsabilité collective.
La promotion de la santé mentale requiert une action plurisectorielle, associant plusieurs secteurs publics tels que ceux de la santé, de l'industrie et de l'emploi, de l'éducation, de l'environnement, des transports et des services sociaux et communautaires, ainsi que des organisations non gouvernementales ou communautaires telles que des groupes d'appui sanitaire, des églises, des clubs et d'autres organismes.
L’efficacité des activités de promotion de la santé mentale en général tient aux forces, aux ressources, aux connaissances et aux acquis qui favorisent une bonne santé, la détermination des enjeux et des processus étant assumée par les personnes concernées. Ces activités mettent l’accent sur l’amélioration du bien-être plutôt que sur la maladie comme telle.
Promouvoir la santé mentale dans nos communautés à l’heure actuelle, demande de mettre en place des activités qui permettront une prise de conscience au niveau communautaire, de consolider un tissu social, de bâtir des solidarités localement et un climat d’entraide donc de travailler tous ensemble à résoudre un problème qui tôt ou tard peut nous affecter.
Pour en savoir plus sur différents projets en santé mentale:
Le projet Météo-mentale a pour but de briser l'isolement et renforcer les liens de communication entre les personnes aux prises avec des changements importants dans leur vie et qui se répercutent sur leur santé mentale. http://www.meteo-mentale.org/
L'Association canadienne pour la santé mentale a produit toute une série de dépliants fournissant des renseignements essentiels sur la santé mentale et la maladie mentale. http://www.cmha.ca/french/index.html
Le Réseau Francophone des Programmes de Réhabilitation Psychiatrique produit divers articles dans le domaine de la réhabilitation psychiatrique, petit manuel en ligne pour entraîner les habiletés sociales de personnes atteintes de troubles psychiatriques sévères. Fiche d'auto-évaluation, échelle des habiletés de vie autonome, etc. http://www.rehab-infoweb.net/materiel.htm
Le Centre psychosocial pour enfants et familles d'Ottawa est un organisme francophone qui a comme mission d'offrir des services de qualité en santé mentale à une clientèle francophone composée d'enfants et d'adolescents (0-17 ans), et par le fait même, à leurs parents/familles. http://www.synapse.net/~cps/info.html
À la phobie est un site français d'information et de conseil sur les phobies, la phobie sociale, l'agoraphobie, l'attaque de panique, l'anxiété généralisée et les angoisses diverses. http://www.alaphobie.com/
Le Centre de toxicomanie et de santé mentale offre des livres, dépliants, vidéocassettes et outils cliniques destinés aux professionnels de la santé, aux clients et aux familles touchées par des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale. http://www.camh.net/francais/resources/index.html
Virage, Volume 9 Numéro 4, Été 2004
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
Site internet: www.acsm-ca.qc.ca Courriel: info@acsm-ca.qc.ca