NON, NON, NON ET NON

Source: Lise Payette

Savoir dire non est un art difficile. Mais le maîtriser, c'est (peut-être) s'assurer une vie pleine et plus heureuse.

Le jour où on m'a expliqué que les mots «oui» et «non» sont les deux mots les plus importants d'une langue pour l'affirmation d'une personnalité, j'ai écarquillé les yeux et les oreilles.

Pour se débarrasser d'une vie opprimante et devenir enfin comme ceux que l'on admire et qui semblent tirer, avec efficacité, le meilleur de toutes les situations sans être pour autant détestables, il suffit, disent les psychologues américains, de réapprendre à dire «oui» et «non». Cette «rééducation» de l'affirmation de soi, qui permet en même temps de mieux connaître cette valeur à ceux qui nous entourent. Ça implique une connaissance de soi suffisamment large et précise pour pouvoir dire «non» quand c'est nécessaire, sans se sentir coupable pour autant, et ne jamais dire «oui» avant d'être sûr que c'est un «oui» complet, assumé, responsable.

Ces deux petits mots feraient toute la différence, paraît-il. Il suffirait pour être mieux dans sa peau de ne jamais dire l'un pour l'autre. Quand c'est «oui» et que ce oui est profond et s'impose, c'est «oui». Quand c'est «non» et que ce non est nécessaire, c'est «non».

Ça paraît simple. Pas autant qu'on pourrait le croire. Parce que, quand on réclame pour soi le droit de dire «oui» ou «non» selon les circonstances, il faut reconnaître à ceux qui nous entourent le même droit. Et il faut apprendre à se faire dire non sans être complètement démoli chaque fois... C'est là que ça se complique.

Êtes-vous celui ou celle qui travaille le plus au bureau ou ailleurs? Avez-vous l'impression que personne ne s'en rend compte? Vous sentez-vous coupable chaque fois que quelque chose ne tourne pas rond? Dites-vous volontiers: c'est de ma faute? Avez-vous peur de demander une augmentation de salaire, un service à quelqu'un qui est près de vous? Trouvez-vous qu'on n'a pas le droit d'être «égoïste» en amour? Rongez-vous votre frein en silence parce que vous êtes sûr d'avoir des talents cachés, des idées formidables qui ne servent à rien, des ambitions bafouées? Connaissez-vous bien la différence entre l'affirmation de votre personnalité et l'agressivité?

Alors, j'ai deux mots à vous dire: oui et non.

S'affirmer et être bien

S'AFFIRMER! Dans le Robert, "affirmer" signifie: assurer, avancer, certifier, déclarer, garantir, prétendre, soutenir. S'affirmer, c'est tout ça - et se sentir bien en le faisant.

La personne qui a réussi à acquérir cette assurance, cette confiance en elle-même, se manifeste de quatre façons différentes:

Tout le bagage d'éducation que nous avons reçu peut représenter une sorte de boulet que nous traînons au pied et on doit s'en défaire pour s'affirmer. Car ce n'est pas tellement à nous aider, à nous affirmer que la société aura servi. Ni à l'école, d'ailleurs, ni la religion, ni la famille. On nous a plutôt appris l'humilité et l'obéissance, le sacrifice et la patience. On nous a fait savoir très tôt que les différents paliers d'autorité n'aimaient pas être contestés et préféraient des sujets dociles aux sujets rebelles.

D'autre part, on nous a laissé entendre que la société avait un certain respect pour ceux qui «arrivaient», qui réussissaient - même si cette réussite devait parfois se faire sur le dos d'autres humains moins bien préparés. «Marcher sur les autres» pour arriver, est une expression qui est admise par la société. Il y a aussi un dicton populaire qui dit: «Les bons gars sont toujours les derniers». Ça ressemble étrangement à notre: «Quand on est né pour un p'tit pain...»

Si vous êtes aux prises avec cet «héritage culturel» qui fait de nous des «petits», des valets, la lutte pour l'affirmation sera plus longue et plus difficile.

La première confusion naît parce que souvent on confond l'affirmation de soi et l'agressivité, parce qu'on ne sait pas faire la distinction entre le besoin d'être aimé et le besoin d'être respecté. L'agressivité est un acte dirigé contre quelqu'un d'autre; l'affirmation de soi est un acte posé pour son mieux-être à soi.

Il est souvent plus facile de dire ce que l'on pense que ce que l'on ressent. Ceux qui arrivent à dire ce qu'ils ressentent ne peuvent pas toujours le faire au moment où il faudrait le faire. D'autres ne peuvent exprimer aucune émotion: c'est le blocage complet.

Il ne suffit pas de pouvoir vivre une émotion, il ne suffit pas de pouvoir l'identifier, il faut en plus pouvoir la partager avec un autre être humain au moment même où on vit cette émotion, et de façon honnête, claire et franche. Il faut apprendre à mettre du coeur dans sa voix, à parler avec des gestes, à aller au bout de chacune de ses phrases et de ses émotions. Rire, pleurer, savoir exprimer la colère, la joie, la tendresse, la peur, sont aussi nécessaires à l’être humain que de respirer.

Les «ça ne se fait pas», qui étaient à la base même de notre éducation, doivent être balayés.

Connaître ses peurs - et les vaincre

Quelles sont les différentes sphères de notre vie où l'on se sent le besoin de s'affirmer? Les psychologues américains en déterminent cinq: le travail, le mariage, les rapports sexuels, la vie sociale et la vie familiale.

Pour réussir à s'affirmer dans ces cinq sphères, il faut d'abord identifier ses peurs - et les vaincre. Il faut, par exemple, cesser d'être paralysé par des pensées aussi saugrenues que de croire qu'il faut absolument que chaque personne qui vous approche vous aime et vous admire. Il faut cesser de penser que, pour être content de vous, il faut que vous ayez réussi dans tous les domaines. Il faut éviter de croire que la vie ne vaut pas d'être vécue parce que les choses ne marchent pas exactement comme vous le souhaiteriez. Il faut cesser de penser que ce que vous avez vécu auparavant vous a tellement marqué que vous le serez pour le reste de vos jours.

Il faut, d'autre part, développer un certain «je m'en-foutisme» par rapport à l'opinion publique, et surtout cesser de craindre d'être ridicule et mal jugé.

Il ne faut pas se sentir rejeté parce qu'une autre personne, avec laquelle vous aviez envie de mieux communiquer, ne répond pas à votre attente. Ça ne diminue en rien votre valeur réelle.

Il faut déterminer ses objectifs, se demander quels sont les moyens à prendre pour y arriver, et se tracer une ligne de conduite en conséquence. Il faut ensuite évaluer régulièrement le chemin parcouru afin de réajuster ses moyens de réussir chaque fois qu'il le faut.

Il faut choisir les paliers de communication que l'on veut partager avec quelqu'un d'autre. Dans certains cas, ce palier sera un palier de communication minime, dans d'autres cas le palier choisi sera celui de la communication totale. Entre les deux, différents paliers permettent d'échanger - à des degrés - divers avec des gens connus ou inconnus.

Virage, Volume 8 Numéro 1, Automne 2002

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