Source: Richard Chevalier, Santé, Avril1997.
Bien mystérieux lêtre humain... Mais déjà un peu moins si on limagine comme un organisme vivant. Avec ses organes - mémoire, intelligence, créativité... - , ses humeurs, ses structures. Avec ses petits bobos et ses gros maux. Sous cet angle, la santé mentale se compare tout à fait à la santé physique. Et pour rester en bonne forme, notre esprit comme notre corps, doit faire de lexercice! Voici comment.
Nous sommes un peu comme un avion. Secoués, de temps à autre, par les flots démotions et de stress quapporte la vie quotidienne: lembouteillage alors quon est en retard, le patron qui vous convoque un lundi matin, lauto quon se fait voler, une remarque sarcastique dun collègue, les taxes qui augmentent, le robinet qui coule, la grippe qui vous tombe dessus à un moment où le travail vous submerge (la grippe vient peut-être de là, au fait?), lado qui vous annonce quil décroche lécole...
Bref, la vie avec ses hauts et ses bas. Remarquez que les bas sont parfois vertigineux - perte de son emploi ou dun être cher par exemple -, mettant à rude épreuve notre équilibre psychologique sans pour autant le rompre. Justement il ne se rompt pas parce que nous rebondissons, tôt ou tard. Après la déprime, la sérénité revient petit à petit; on émerge de la turbulence parfois plus solide quavant.
Cette capacité à rebondir devant lobstacle, à nous adapter à des émotions sans cesse changeantes, témoigne du bon fonctionnement de nos mécanismes de défense psychologiques, léquivalent mental, si on veut, du système immunitaire. Par contre, à partir du moment où on ne rebondit plus, quon se laisse terrasser par les aléas de la vie, même par les plus anodins, notre santé mentale est directement menacée. Ce qui peut conduire à une rupture durable de léquilibre psychologique.
Alors comment fait-on pour sassurer de rebondir et pour maintenir son équilibre psychologique? Eh bien! on développe sa condition mentale de la même manière quon améliore sa condition physique: en faisant des exercices. Sauf que dans ces cas-ci, les exercices sadressent à lesprit. En voici cinq, proposés par la Dre Jacqueline Renaud, neuropsychiatre réputée et auteur de plusieurs volumes de vulgarisation sur la santé mentale. Faites-les comme si cétaient des exercices aérobiques, donc régulièrement. Vous verrez que lesprit comme le corps, peut améliorer sa... forme.
Si le ciel tombe, il se sauvera bien une alouette.Goethe
Chez les sportifs, le phénomène est bien connu. Un joueur, ou une équipe, qui arrive sur le terrain convaincu de perdre, risque effectivement de connaître la défaite. Cest un conditionnement de lesprit. Remarquez que le contraire, loptimisme béat, est aussi générateur déchec. Lexercice consiste donc à développer la capacité de percevoir, sans lunettes roses, ce quil y a de bon dans toute personne ou toute situation. Cet optimiste éloigne le découragement et peut même, dans certain cas, nous sauver la vie. Des survivants de drames terribles - explorateurs égarés, prisonniers de camps de concentration, otages de terroristes - ont révélé que cest en gardant lespoir quils ont surmonté la peur, la douleur et le défaitisme. Loptimisme est en fait une caractéristique frappante des personnes qui maintiennent leur équilibre intérieur et ce même lorsque la tempête rage.
Je plie et ne romps pas. La Fontaine
Deux petits voiliers, toutes voiles bordées, filent sur le lac lorsque, brusquement, le vent se met à souffler très fort. Le premier barreur ne touche pas à ses voiles, se disant quil pourra tenir lassiette du bateau par la force de ses abdominaux. Le deuxième, au contraire, dégonfle ses voiles pour diminuer lemprise du vent, une manoeuvre qui lui permet de ménager aussi ses forces. Quelques secondes plus tard, le voilier du premier barreur chavire alors que le deuxième poursuit sa route. Morale de cet histoire: devant un obstacle il vaut mieux sadapter à la nouvelle situation, donc faire preuve de souplesse, que se braquer sur une idée fixe. De plus, les personnes à lesprit trop rigide plongent leur corps dans un état de tension maximale lorsquune épreuve survient. Elles peuvent certes résister à la crise, mais elles peuvent être cassées par elle comme le chêne de la fable. Souvrir lesprit nous amène, en fait, à accepter quon puisse changer à un moment donné. Voilà qui est sain pour notre équilibre intérieur.
La vérité et le matin deviennent de la lumière avec le temps.Proverbe éthiopien
Balayer les problèmes sous le tapis ne règle absolument rien. Tôt ou tard ils ressurgissent et, en plus, ils risquent davoir pris du poids! Lautre façon de jouer à lautruche cest de grossir exagérément ses problèmes. Vous vous faites une entorse et vlan! cest la catastrophe pour le travail, le sport, les sorties et, bien sûr, la douche! En fait, cet exercice nous oblige à prendre un certain recul vis-à-vis de nous-même et de notre entourage immédiat. On relativise en se disant que la terre ne sarrêtera pas de tourner parce quon a un problème, si aigu soit-il. Un exercice dans lexercice: développer son sens de lhumour. Pour dédramatiser les situations, il ny a rien de mieux.
Loiseau ne vole haut quavec ses propres ailes. Blake
Pour avoir confiance en soi il faut dabord se connaître avec ses forces, ses points faibles, ses préférences et ses talents. Ce qui peut nous inciter à développer des talents jusqualors inconnus ou encore à refuser certains engagements qui ne nous conviennent pas. Avoir confiance en soi cest aussi éviter de toujours se comparer aux autres et de toujours se soucier de ce que les autres pensent de soi. Cest avoir la conviction quon peut non seulement entreprendre quelque chose mais quon a des chances de réussir. Les personnes qui ont confiance en elles-mêmes nhésitent pas à remettre lépaule à la roue lorsquelles ne réussissent pas du premier coup. Lagriculteur dont la récolte a été ravagée par la grêle et qui se remet au travail dès le lendemain plutôt que dattendre laide du gouvernement est un bel exemple de confiance en soi. Une dernière chose: les gens qui ont confiance en eux-même considèrent léchec non pas comme une défaite personnelle, mais comme un tremplin qui les incite à faire mieux la prochaine fois.
Unie à locéan, la goutte deau demeure. Proverbe hindi.
Comme humains, grégaires nous avons été, grégaires nous sommes et grégaires nous serons. Par conséquent vous isoler et vous couper des autres nest pas une bonne idée et ça lest encore moins lorsque vous vivez des moments difficiles. Au contraire, entretenez vos amitiés, developpez-en de nouvelles, soyez attentifs à ce quon vous dit, montrez-vous intéressé aux autres (et les autres feront de même envers vous), acceptez laide des autres et offrez-leur la vôtre; enfin, donnez-vous loccasion daimer et dêtre aimé. Mais, parallèlement, méfiez-vous des personnes et des situations qui vous empoisonnent lexistence; revendiquez votre place et prenez-la.
À présent, une question se pose. Si ces clés nous donnent accès à léquilibre psychologique, comment sait-on que nous lavons atteint? Certains indices associés au bon fonctionnement de nos facultés mentales, facultés qui sont, en quelque sorte, les «organes» de lesprit, apportent une réponse à cette question. Ainsi tout va bien quand lhumeur que nous affichons (joie, tristesse, colère, calme...) concorde avec la situation du moment. Nous sommes joyeux ou contents parce que la nouvelle est bonne. Nous sommes tristes ou peinés parce que la nouvelle est mauvaise. Comme nous pouvons aussi être abattus, voire déprimés à la suite de la perte dun être cher. La variation de notre humeur est une forme dadaptation aux aléas de la vie. Mais rester de glace, ne laisser voir aucune émotion lorsquon vit un événement tragique peut être un signe que tout ne tourne pas rond!
Tout va bien quand on a des réactions affectives qui nous font dire: «jaime ou je naime pas!» Laffectivité, en nous faisant vivre divers sentiments, nous distingue de la machine. Quand elle ne démarre plus, un certain équilibre est rompu ou en voie de lêtre.
Tout va bien quand on a des émotions variées quon exprime sans perdre le contrôle de soi. Une colère qui dégénère en violence ou en peine damour qui nen finit plus indique un dérapage mental qui devrait être corrigé.
Tout va bien quand on est capable de se concentrer sur une tâche, de maintenir son attention le temps nécessaire à ce que lon fait ou encore de porter des jugements sensés sur la réalité. Par contre, tenir des propos incohérents, passer dun sujet à lautre sans raison apparente, entreprendre plusieurs tâches en même temps sans jamais les terminer, être en proie à la moindre influence, perdre facilement sa concentration, avoir de la difficulté à mémoriser ou manquer dénergie pour accomplir une tâche intellectuelle simple, sont tous des indices dun malaise psychique.
Tout va bien quand on est à lécoute de son corps et quon reconnaît les signes dun niveau de tension élevée, par exemples des maux de tête, des palpitations, une perte de sommeil, un nouvel urticaire ou des malaises digestifs. Ignorer ces signaux dalarme cest permettre au stress de diminuer notre résistance physique et psychique. Craquement en vue!
Enfin, tout va bien quand on a la volonté requise pour accomplir les gestes routiniers de la vie quotidienne comme se lever le matin à lheure prévue, respecter régulièrement son horaire du jour, entretenir ses vêtements, laver et ranger la vaisselle (du moins de temps en temps...) Si, au contraire, se lever le matin est devenu un fardeau, quon laisse tout traîner dans la maison, quon néglige son alimentation, son hygiène, on est sur une mauvaise pente à moins dêtre un de ces artistes bohèmes mais productifs dans leur domaine. Mais ça cest une autre histoire.
Virage, Volume 3 Numéro 4, Été 1998
L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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