Syndrome ou symptôme prémenstruel?

Hélène Naubert
Source: CSF-Mauricie

Comment se fait-il que nos symptômes prémenstruels soient considérés, par certains spécialistes, comme une maladie mentale?

La période prémenstruelle s’établit entre, l’ovulation et la menstruation. Au cours de cette période de notre cycle, il se produit dans notre organisme des phénomènes biochimiques provoquant l’apparition de symptômes dits prémenstruels parce qu’ils surviennent précisément à cette période, de 3 à 14 jours avant les règles. Selon les statistiques médicales, 90% d’entre nous ressentent l’approche de leur menstruation. Les spécialistes ont répertorié 200 symptômes physiques et psychiques (attitudes, comportement, perceptions).

Certaines femmes reconnaissent leur période prémenstruelle dès l’apparition de signes physiques: seins gonflés et douloureux, maux de tête, tiraillements dans le bas ventre, etc. D’autres ressentent une lassitude générale, parfois une difficulté à se concentrer et d’autres encore ont l’impression d’être à fleur de peau, plus sensibles (aux bruits, aux odeurs, à la lumière), plus lucides. Certaines se disent impulsives, énergiques ou d’humeur changeante. Nous ne nions pas le fait que la majorité d’entre nous ressentent effectivement des modifications. Cependant nous remettons en question l’idée que les 200 symptômes répertoriés soient uniquement, principalement et effectivement tous liés au phénomènes biologiques de la menstruation. En effet, parmi les attitudes et les comportements rapportés par les femmes et classés par les spécialistes comme étant des symptômes prémenstruels, il s’en trouve tout au moins quelques-uns qui, pour plusieurs d’entre nous, pourraient être liés à autre chose qu’à l’approche de nos règles.

Chacune de nous réagit plus ou moins vivement, positivement ou négativement à ce qui l’entoure; nous sommes influencées par nos milieux de vie et notre héritage social. D’autre part, nous n’avons pas reçu d’images positives de notre cycle menstruel et cela se reflète dans notre perception de notre vécu prémenstruel. Lorsque nous en parlons, nous retenons surtout les événements les plus troublants (la mémoire est sélective). Nous invitons les femmes à remettre en question l’idée que les modifications biologiques (hormonale, neurohormonale, endocrinienne) expliquent à elles seules notre façon d’être à l’approche de nos règles. N’est-il pas vrai que plusieurs des symptômes traditionnellement associés à la période prémenstruelle dont le manque de patience, le désintéressement pour les tâches domestiques et la colère soient aussi des caractéristiques socialement et historiquement interdites aux femmes? Depuis longtemps, nous avons appris à qualifier ces comportements d’anormaux ou à les percevoir comme des signes d’un état anormal. N’est-il pas vrai que plusieurs parmi nous se croient au bord de la folie parce qu’elles ressentent des émotions traditionnellement «interdites»?

Plusieurs sont confuses et inquiètes ne sachant pas quelle signification, ni quelle importance elles doivent accorder à leurs sautes d’humeur, à leurs débordements d’énergie et à ce qui leur semble être de l’intolérance envers leur entourage. Pourquoi les femmes de 30 à 45 ans consultent-elles plus souvent pour leurs symptômes prémenstruels? Pourquoi les mères sans emploi rémunéré et avec de jeunes enfants ressentent-elles plus souvent des symptômes psychiques sévères? Les symptômes prémenstruels sont-ils toujours indicateurs d’un syndrome prémenstruel (syndrome: ensemble des symptômes d’une maladie)? Comment se fait-il que nos symptômes prémenstruels soient considérés, par certains spécialistes, comme une maladie mentale? Nos questions sont nombreuses et nous voulons comprendre ce que nous ressentons.

Parmi les 90% de femmes qui ont des signes prémenstruels, 2 à 5% ressentent des symptômes très sévères qui interviennent dans leur quotidien. Les spécialistes des domaines médicaux (gynécologues, neuropsychiatres, neurologues, neuropsychologues) ont élaboré des démarches thérapeutiques. Généralement, les médicaments prescrits sont de deux ordres: certains agissent sur la mécanique neurohormonale et hormonale (huile d’onagre ou Efamol, vitamine B6 et suppléments multivitaminiques), d’autres ont un effet direct sur le système nerveux (anxiolytiques et antidépresseurs). Les études sur l’efficacité de ces médicaments révèlent un taux élevé de l’effet placebo, dans 50 à 95% des cas. De plus, les expériences se font sur de petits groupes (de 15 à 25 participantes) et ont une durée moyenne de 3 à 6 cycles, dont 1 cycle menstruel sert de contrôle, 1 ou 2 cycles pour l’expérimentation du médicament ou du placebo et 1 ou 2 autres cycles pour faire une étude croisée. Ce mince échantillonnage ne peut être concluant.

Quoique peu d’études aient été faites pour confirmer scientifiquement l’impact des modifications du style de vie, il semble que l’adoption de saines habitudes apporte une baisse significative de la sévérité des symptômes. Plusieurs femmes ont effectivement observé une amélioration de leur condition après avoir expérimenté une ou plusieurs des trois solutions suivantes: un programme régulier d’exercice, une alimentation saine et équilibrée et la pratique de techniques de relaxation ou la participation à un groupe de soutien pour réduire le stress. Aussi, les médecins ont-ils inclus les modifications des habitudes de vie dans leur protocole thérapeutique et ce, malgré l’absence de données scientifiques pour appuyer cette recommandation. Est-ce que la critique des féministes concernant la surmédicalisation des femmes aurait amené la médecine traditionnelle à trouver une alternative aux prescriptions médicamenteuses?

Il est bon de partager nos expériences prémenstruelles avec d’autres femmes. Dans une entrevue accordée au périodique L’Union médicale du Canada, Geneviève Déchêne, omnipraticienne, affirme que les femmes consultent davantage pour leurs symptômes psychiques. Elles ont une peur profonde d’être folles ou de le devenir; dire leurs souffrances et leurs inquiétudes peut les libérer. En effet, nous dit madame Déchêne, après la première consultation, 50% des femmes repartent rassurées et sans ordonnance.

Depuis longtemps, les Centres de santé des femmes se sont penchés sur la question du cycle menstruel et ont offert aux femmes différents services. Dans le but de répondre à ces besoins de dire, d’être écoutée et rassurée, nous travaillons, au Centre de santé des femmes de la Mauricie, à la préparation d’un guide de sept ateliers sur les symptômes prémenstruels. Par cet outil, nous invitons les femmes à partager leur vécu prémenstruel. Nous croyons qu’à travers ces échanges, elles trouveront les moyens d’agir sur leur vie et de participer à la lutte aux préjugés, aux stéréotypes et aux mythes concernant les femmes et leur cycle menstruel. Démystifier la période prémenstruelle, proposer une vision qui tienne compte aussi du vécu quotidien des femmes et favoriser l’autosanté sont quelques-uns des objectifs que nous visons à travers la création d’un guide de vulgarisation des discours scientifiques. Pour atteindre nos objectifs, nous proposons les thèmes suivants:

La petite histoire du «syndrome prémenstruel» pour amorcer une réflexion sur la médicalisation de la période prémenstruelle.

Les symptômes prémenstruels et leurs causes pour mieux connaître notre expérience individuelle et favoriser l’autosanté.

Comment traiter les symptômes prémenstruels? pour acquérir une meilleure connaissance des traitements existants et nous permettre d’être plus autonomes face à notre santé.

Perception de soi et de son cycle pour mieux apprécier l’influence de notre éducation sexuelle et amorcer une réflexion sur nos capacités d’agir.

Les symptômes psychiques et la période prémenstruelle pour démystifier nos sautes d’humeur et réfléchir sur les croyances et les préjugés à l’égard de la psychologie des femmes.

La période prémenstruelle et l’ère de la performance pour démystifier la période prémenstruelle et redonner au contexte de vie la place qu’il mérite.

Pour briser le silence pour s’attaquer aux racines du problème: les critères et les standards des autres.

Virage, Volume 1 Numéro 3, Été 1996

L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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