Ma vie est plate !

Source: Sophie Allard, Capital Santé, mai 2001.

(En complément de cet article, mesurez votre état de plaisir ou de déplaisir à l'aide du plaisiromètre)

Quand la vie qu’on mène n’est pas à la hauteur de ses attentes, de deux choses l’une: ou on modifie des morceaux de sa vie, ou on modifie ses attentes.

Quelques séances de remue-méninges en perspective!

Nous avons tous à l’occasion le vague à l’âme. Le saut du lit est pénible, le trajet vers le boulot semble interminable, l’ambiance du bureau paraît bien maussade et, dès le retour à la maison, l’énergie nous manque pour apprécier les moments en famille. La première expression qui nous vient à la bouche: «Ma vie est plate!».

«Qu’on soit enfant, adolescent ou adulte, on vit tous des moments où l’existence nous paraît monotone, des journées où on manque d’énergie, où on ne se sent pas d’humeur à rire. Et c’est tout à fait normal!», explique Robert Letendre, psychanalyste et professeur au département de psychologie à l’UQAM.

Pas toujours facile, la vie

C’est vrai que la vie n’est pas une perpétuelle partie de plaisir. On doit travailler, les relations interpersonnelles ne sont pas toujours simples et certains événements sont propices aux remises en question. «Être déprimé, triste ou fatigué sont parfois des réactions saines», remarque Robert Letendre. Certains facteurs, par exemple, peuvent entraîner l’apparition d’une déprime passagère: l’entrée de son enfant à la garderie, la routine qui s’installe au boulot, la monotonie dans le couple, le départ des enfants en appartement, etc.

«Mais on se met une pression inutile sur les épaules en voulant être heureux à tout moment, souligne Robert Letendre. Pourquoi ne pas trouver que sa vie est plate à l’occasion, sans se sentir coupable pour autant?» Selon le psychanalyste, la société d’aujourd’hui a le défaut d’imposer le bonheur et la joie comme une norme. «Il faut être «hyper-peppé, avoir de l’énergie à revendre, être au-dessus de tout. Dès qu’on s’écarte un peu de cet idéal, on a l’impression d’avoir un problème. Nous sommes victimes de l’idée de performance en matière de bonheur comme du reste!»

À bas le cafard!

Voici quelques trucs qui vous aideront à mettre un peu de soleil dans votre vie.

Mettre le doigt sur le bobo

S’il est normal que la vie nous semble terne et triste à l’occasion, c’est autre chose lorsque les épisodes de déprime reviennent constamment et s’éternisent. «Quand le malaise et les questionnements ne sont pas seulement passagers, on a raison de se poser des questions», dit Robert Letendre. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond?...Il faut faire le tour de son jardin, faire l’inventaire de sa vie et essayer de voir ce qui ne va pas. Le couple? Le boulot?

Une fois qu’on a mis le doigt sur le bobo, il faut se demander ce qu’on peut changer dans sa vie pour être plus heureux. Parfois un rapprochement avec les membres de sa famille ou quelques jours de repos peuvent suffire à nous remettre sur pied. Dans d’autres cas, il faudra y mettre un peu plus d’efforts. La vie en appartement au coeur du centre-ville nous rend maussade? Peut-être faudra-t-il envisager aller vivre en banlieue ou en campagne. Notre relation de couple nous ennuie profondément? Il faudra lancer une franche discussion et, peut-être, avoir la force de mettre un terme à cette union.

Pas que dans la tête!

Troubles de la thyroïde, ménopause et autres causes physiques peuvent influencer le moral. «Plus on vieillit, plus la déprime peut être d’origine physique», soutient le psychanalyste Robert Letendre. La déprime saisonnière affecte pour sa part beaucoup de personnes des pays nordiques en plein hiver, quand les jours sont courts. Des chercheurs américains croient qu’un gène défectueux nuisant à la production de chryptochromes, pigments qui synchronisent le rythme circadien, chronomètre naturel de notre organisme, serait à l’origine de cette déprime.

Dans d’autres cas, il s’agira de revoir ses objectifs ou de changer sa perception de l’existence. Si on considère que sa vie est plate, c’est qu’on pense qu’elle pourrait être meilleure par rapport à un idéal qu’on s’est fixé. Peut-être cette insatisfaction est-elle fondée. Mais il se peut aussi que notre idéal de bonheur soit trop éloigné de la réalité. Si tel est le cas, il faudra revoir ses attentes. À moins de vouloir passer sa vie à se plaindre.

Changer? Oui, mais...

Changer sa vie? Plus facile à dire qu’à faire! «Si c’était simple, on changerait facilement, remarque Robert Letendre. Mais on est souvent ambivalent. Même lorsqu’on a identifié la cause de son malaise, on n’est pas forcément prêt à passer à l’action. La vie, ce n’est ni blanc, ni noir. Tous se joue dans les tons de gris.»

Si on n’arrive pas à changer aussi facilement, c’est peut-être aussi que la situation est moins grave qu’on le pense. Car quand on souffre beaucoup, on prend habituellement les moyens pour s’en sortir.

Mais il ne faut pas hésiter à consulter un spécialiste lorsqu’on a l’impression que le mal de vivre prend le pas sur tout le reste. «Malheureusement, les gens ont plutôt tendance à consulter le médecin généraliste qui, souvent, va prescrire des antidépresseurs. Les médicaments peuvent avoir un effet positif, mais ils ne doivent pas servir à occulter la souffrance.»

Une chose est sûre cependant, c’est que les hauts et les bas font partie de notre condition. Et on s’illusionne si on pense qu’il faudrait filer sa vie sous un ciel toujours bleu. Ce qui n’empêche pas qu’on devrait pouvoir se dire chaque jour: «Elle est belle tout de même la vie...» Il suffit pour cela d’avoir conscience de la moindre petite joie qui passe.

Dépression: broyer du noir à l’extrême

Les personnes touchées par une déprime qui s’éternise manifestent un manque d’énergie, une baisse d’estime de soi et une perte d’intérêt. Elles voient la vie en noir et éprouvent des difficultés de concentration, manquent d’appétit, ont de la difficulté à prendre des décisions. Souvent, cet état dépressif s’accompagne d’une perte de poids et d’idées suicidaires. On est bien loin du petit «blues» passager! Vite! Il est temps de consulter.

Virage, Volume 7 Numéro 2, Hiver 2001

L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
Site internet: www.acsm-ca.qc.ca    Courriel: info@acsm-ca.qc.ca