Les richesses peu connues de la dépression

Source: Par Solari Harmonia, Consultante en amélioration de la qualité de vie selon une approche de Psychologie multidimensionnelle. (10 juin 2000) www.dromadaire.com/solari/lexique1. Conception et mise à jour Alain Rioux M. Ps. Psychologue.

En général, les personnes saines cherchent à vivre divers états agréables tels que la joie, l'enthousiasme, le dynamisme créateur... et à éviter les états désagréables tels que la tristesse, l'ennui, la stagnation, etc. Dans cet article, je m'appliquerai à vous démontrer comment il peut être sain également de connaître et parfois même de rechercher ou d'aller au devant de certains états désagréables de prime abord. Je parlerai tout spécialement de l'état dépressif, de la dépression comme on l'appelle couramment. Je vais mentionner trois types de dépression et divers types de richesses que nous pouvons découvrir à travers ces expériences. J'espère que ceux et celles parmi vous qui vivez certains états dépressifs pourrez retirer de cette lecture une nourriture nouvelle pour votre épanouissement personnel.

En tout premier lieu, je vais parler de la dépression liée à la conscientisation. Lorsque notre conscience se développe, nous découvrons une multitude d'éléments à l'intérieur de nous et à l'extérieur de nous (dans la société) que nous n'avions pas remarqué auparavant. Cette découverte comporte des éléments plaisants, évidemment, mais elle comporte aussi un certain nombre d'éléments déplaisants. Par exemple, découvrir en soi de l'orgueil, de la dépendance, de la peur... et découvrir autour de soi des mensonges, des manipulations, des fraudes, etc... Ceux et celles qui n'ont pas conscience de ces éléments ne peuvent pas s'en attrister, mais ceux et celles qui en ont conscience peuvent devenir tristes, découragés, dépressifs...

Ainsi, la dépression, dans cette situation, est porteuse de la richesse suivante: nous éveiller davantage face à la réalité de qui nous sommes et de qui ou de quoi est vraiment constituée la société afin de pouvoir apprendre à transformer en soi et à l'extérieur de soi les éléments plus désagréables ou plus malsains. Et le jour où ces éléments sont transformés, nous avons le bonheur de goûter à une joie toute nouvelle qui est à la fois plus profonde et plus vaste. Par conséquent, les êtres qui ne se conscientisent pas volontairement, qui n'élargissent pas volontairement leur découverte d'eux-mêmes et de la société, ne vivent pas ce type de dépression et sont habituellement dans une joie plus naïve et plus inconsciente. Mais un jour, leur conscience s'éveille brusquement, à cause d'une maladie ou d'une catastrophe qui survient quelque part par exemple, et ils commencent à connaître ce type de dépression.

Les individus qui se conscientisent volontairement, sans attendre que la vie les invite à le faire par la force, connaissent ce type de dépression plus tôt dans leur vie, mais connaissent également plus tôt les richesses d'avoir dépassé ces situations dans leur vie. Autrement dit (et en lien avec les exemples donnés plus haut), au niveau individuel: avoir pris le temps d'éliminer son orgueil, ses principales dépendances, ses peurs les plus hypothéquantes, etc... Et au niveau social: avoir appris à composer avec les éléments malsains découverts, par exemple en s'impliquant dans une ou plusieurs causes sociales, en créant de nouvelles structures qui nous plaisent davantage, ou encore, en sachant dorénavant qui sont les individus ou les groupes à qui nous pouvons faire confiance et qui sont ceux à qui il est sage de ne pas faire confiance.

Je vais maintenant mentionner un deuxième type de dépression et les richesses qu'elle contient. Ce type de dépression est celui qui est relié à la perte: perte d'un conjoint, perte d'un enfant, perte d'un travail, perte d'un bien précieux, perte de sa santé... Lorsqu'un être vit une ou plusieurs pertes simultanément, il est naturel qu'un état dépressif survienne puisque son univers de vie se trouve grandement transformé, bousculé, et que les repères habituels, les satisfactions habituelles qui sont tout à coup disparues, laissent un grand vide porteur de tristesse. La richesse qui se cache au fond de ce type de dépression est multiple.  

D'abord, il y a la force intérieure et l'autonomie de la personne qui seront mises à l'épreuve. Lorsque la perte aura été surmontée, une force et une autonomie beaucoup plus grande auront été acquises. Ensuite, afin de surmonter la perte, le potentiel de créativité sera mobilisé. Par cela, la personne qui vient de perdre quelque chose de précieux, se retrouvera à emprunter de nouvelles avenues, à parler à de nouvelles personnes, à essayer de nouvelles activités, et dans ce processus, elle se découvrira de nouvelles capacités créatrices. Ainsi, sa dépression lui aura permis de découvrir en elle de nouveaux talents, de nouveaux goûts, de nouvelles amitiés...  

Aussi, suite à sa perte, la personne disposera d'un nouveau point de vue, d'un nouveau point de comparaison, qui fera en sorte qu'à l'avenir, elle appréciera davantage ce qu'elle aura, sachant par expérience qu'elle peut le perdre, et si elle vit de nouvelles pertes, elles seront possiblement vécues avec moins de difficultés parce que son système nerveux se sera renforci par le passé, ce qui fera en sorte de faire paraître les nouvelles difficultés comme étant plus petites. En réalité, ce n'est pas nécessairement le cas, car la souffrance devant la perte est subjective, relative. Ceux et celles qui ont connu dans leur passé de grandes pertes savent qu'il y a très peu de possibilités qu'ils puissent de nouveau être ébranlés comme ils l'ont été autrefois. Et cela, que nous pourrions appeler en quelque sorte une assurance interne nouvelle ou une sécurité interne nouvelle, c'est une grande richesse.

Voyons maintenant un troisième et dernier type de dépression ainsi que les avantages peu connus qu'elle contient. Ce type de dépression est celui que nous pouvons connaître lorsque nous changeons volontairement certaines habitudes malsaines de consommation que nous avons. Par exemple: arrêter les drogues, réduire ses verres d'alcool, arrêter de fumer, cesser de se masturber fréquemment (et cesser de se dévitaliser tous les jours, cesser d'avoir des pertes de vitalité éthérique régulièrement), devenir plus sélectif au niveau d'un ou d'une partenaire de vie et assumer sa solitude le temps qu'elle dure, modifier ses choix alimentaires (moins de sucre, de fast-food, de viande...), faire plus d'exercices chaque semaine...

Dans ces diverses situations, nous avons aussi une forme de deuil ou de perte à vivre. En termes de psychologie multidimensionnelle (P.M.D.), nous parlons d'une «mort psychologique». Non pas d'une mort physique mais d'une mort psychologique. Les alchimistes du Moyen Âge appelaient cela «l'œuvre au noir». Il s'agit de s'appliquer consciemment à transformer un aspect de son être, un aspect de son ombre, de son ego, et cela nous fait ressentir une sensation de mort interne. La partie de nous que nous sommes en train de changer est en fait une cristallisation d'énergie plus ou moins forte en lien avec le nombre de fois que nous avons répété le comportement que nous voulons changer (en P.M.D. cette partie s'appelle un agrégat psychologique). Plus la cristallisation d'énergie est forte, si elle provient de l'adolescence ou de l'enfance par exemple (ou encore, d'une incarnation passée), plus elle résistera fortement au changement que nous lui proposons.

En fait, ces parties de nous qui se transforment sont un peu comme des sous-personnalités en nous qui peuvent se rebeller comme des adolescents, ou comme des animaux, qui ne veulent pas changer leur comportement, leurs habitudes de vie ou de consommation. Par la volonté, par la compréhension, par l'amour et l'intelligence, nous pouvons maintenir nos nouvelles résolutions et persévérer malgré les difficultés que nous font rencontrer ces parties  plus inconscientes, plus mécaniques, plus malsaines de notre être, qui elles, ne veulent pas changer. Elles veulent continuer de se nourrir comme avant et elles n'aiment pas le nouveau régime de vie que nous leur imposons. Il s'agit donc d'une véritable bataille interne. Plus notre essence interne est forte (notre conscience, notre lumière intérieure, notre contact avec notre Esprit divin), plus nous arriverons rapidement à faire cesser cette bataille en nous.

Toutefois, nous pouvons être assuré que nous connaîtrons divers états de tiraillement interne, de vide, de manque, de deuil, et donc de dépression. Ceux et celles qui comprennent ce genre de processus savent qu'il convient donc de se faire ami avec la dépression pendant x minutes, x heures, x jours, x mois ou x années parfois, lorsque nous décidons consciemment de transformer notre mode de vie afin de l'assainir, le purifier, l'embellir... et avoir par la suite le bonheur de pouvoir rester plus vitalisé, plus jeune et plus en santé.

Donc, en résumé, que ce soit la dépression liée à la conscientisation (l'élargissement de la conscience), à la perte, au changement volontaire de nos habitudes de vies, nous pouvons constater qu'il y a toujours dans ces situations de précieuses richesses à découvrir. Mais comme tous les trésors, ces richesses ont leur prix. Parfois nous sommes poussés par la force de la vie à le payer, d'autres fois, nous choisissons volontairement de payer ce prix afin de récolter le trésor (soit toutes les richesses que découvrent habituellement les gens qui vont en thérapie ou qui se font une auto-thérapie). Alors souvenez-vous, la prochaine fois que vous aurez le cafard, que vous vous sentirez dépressif, ce sera parce que vous êtes assis sur un coffre aux trésors mais que vous ne le savez pas, ou tout simplement, que vous l'avez oublié. Redressez-vous, creusez un peu ou beaucoup, et graduellement vous verrez l'or qui était enfoui en vous!

Virage, Volume 9 Numéro 1, Automne 2003

L'Association canadienne pour la santé mentale - Chaudière-Appalaches
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