Apprendre à dire non

Source: Louise Casavant. Le Bel Âge, février 1992.

Être capable de s'affirmer et d'opposer un refus à une demande qui ne nous convient pas, ce n'est pas seulement bien pratique. C'est essentiel à la survie!

C’est bien terrible, mais certaines personnes en viennent un jour à avoir le sentiment qu'elles n'ont rien fait de leur vie. Pourquoi? Parce qu'elles ont passé leur temps à acquiescer aux demandes des autres, pour «ne pas les peiner ». Et elles en sont aujourd'hui bien peinées elles-mêmes...

Bien sûr, tout le monde n'a pas «acquiescé» à ce point-là.. On peut donc trouver pire que soi. La grand-mère qui a attendu toute sa vie de se consacrer du temps, mais qui ne sait comment dire non à sa fille habituée de débarquer chez elle à l'improviste pour faire garder ses enfants, elle est peut-être en plus mauvaise posture que vous... Mais peu importe la gravité de la situation, quiconque éprouve certaines difficultés à s'affirmer et à dire non peut rectifier le tir, affirme Céline Bourget, psychologue. Certains pourront trouver utile de faire appel à de l'aide extérieure. D'autres arriveront à faire de grands pas seuls, mais dans la mesure où ils auront reconnu leurs petits problèmes en ce domaine.

Ça vaut vraiment la peine d'y voir?...

Ne pas savoir dire non peut avoir des conséquences multiples. D'abord cela peut signifier qu'on n'aura plus de temps pour soi. Chacun a besoin qu'on l'écoute; qu'on lui rende service. Si on ne fait pas valoir ses propres limites, personne ne le fera à sa place. Et les autres seront trop heureux de profiter de l'aubaine. Alors adieu les projets personnels...

Céline Bourget est d'avis que cette incapacité de s'affirmer vient en grande partie d'un manque d'estime de soi: «On n'ose pas prendre sa place parce qu'on estime qu'on n'en mérite pas autant.» Conséquence: les autres finissent par nous traiter de cette même façon. Les gens sont des miroirs ambulants, et ils nous renvoient l'image que l'on projette. «On sent très bien comment une personne se considère elle-même par ses attitudes, ou même par sa façon de se tenir. Et on est porté à l'estimer dans la mesure où elle s'estime elle-même», précise la psychologue.

Autre conséquence désagréable: on accumule du ressentiment à force de dire oui quand on veut dire non. Qu'on le reconnaisse ou non. Comme tout ce qui est refoulé doit fatalement ressortir un jour ou l'autre, on s'emportera peut-être pour une peccadille. On fera donc une colère tout à fait disproportionnée. Ou, encore, cette amertume s'exprimera par des malaises physiques - on ne met plus en doute aujourd'hui les liens qui existent entre le corps et l'âme...

Il y a aussi autre chose. Dire oui quand on a envie de dire non, eh bien, c'est... mentir. C'est donner une fausse image de soi. Puis en agissant ainsi, on attire des gens qui ne nous conviennent pas vraiment, explique Céline Bourget. Parce que ces gens, ce n'est pas nous qu'ils aiment, mais la personne que nous leur donnons l'impression d'être. De plus, on sait qu'il est déjà difficile à deux êtres humains de se comprendre alors qu'ils ne se mentent pas; aussi, comment avoir une véritable relation avec quelqu'un quand on lui ment?

Un peu de ménage d'abord

Quand on a du mal à exprimer un refus, c'est très souvent parce qu'on entretient certains mythes. En voici quelques-uns, qu'il est facile de détruire:

1. «Il n'est pas gentil de refuser un service à quelqu'un.» Mais il est encore moins gentil de tromper quelqu'un en lui mentant!

2. «Les autres ne m'aimeront plus si je leur dis non, et je ne pourrai pas le supporter.» Il est vrai que certaines personnes ne nous aimeront plus si on change. Mais si ce vieux Paul nous laisse tomber parce qu'on désire se consacrer plus de temps, c'est peut- être qu'il ne nous aimait que pour ce qu'on lui donnait, et non pour ce qu'on était vraiment.

«Toute la question est de savoir si on a vraiment besoin de gens qui ne font que se servir de nous...», indique Céline Bourget.

Par ailleurs, un non n'est pas nécessairement traumatisant pour la personne qui le reçoit. Les gens qui nous demandent un service ont d'autres ressources que nous, ne nous en déplaise, et ils ne mourront pas si on leur oppose un refus.

3. «Un non est agressif, et je ne veux pas être une personne agressive.» Un refus peut s'exprimer de façon calme, respectueuse, et n'engendrer aucun conflit. S'affirmer et agresser l'autre sont deux choses tout à fait différentes.

Céline Bourget précise qu'un non peut choquer, être perçu comme une agression. Mais il n'y a là aucune violence. Il s'agit d'une capacité de s'affirmer, une force de vie qui permet à chacun de trouver sa place et d'y rester.

L'art de passer son message

Exprimer un refus quand on ne l'a pas fait depuis des années, quelle épreuve de force!, vous dites- vous peut-être. Mais soyez sûr que le message passera moyennant certaines précautions.

Employer le je - Dans son livre intitulé La survie du couple, le psychologue John Wright commente l'importance de cette pratique: «L'utilisation du je dans une conversation rapproche les partenaires et facilite la compréhension mutuelle de leurs sentiments personnels. Vous seriez surpris de la différence qu'elle peut produire dans une conversation.

Les propos de Céline Bourget vont dans le même sens: «Le je situe chacun par rapport à lui-même, il exprime ce que JE vis au lieu d'être, par exemple, un blâme pour l'autre.»

Pour dire non, on emploiera aussi le je. «Je suis désolé, mais je ne pourrai pas garder tes enfants demain.» Souvent on peut même se passer de s'expliquer, et c'est tant mieux, car l'autre pourrait être tenté de minimiser ces raisons pour mieux insister. On ne s'empêtrera pas non plus dans des excuses de toute sorte: en alourdissant le message, on l'embrouille.

Parler fermement, tout simplement - Point n'est besoin d'avoir un ton agressant pour exprimer un refus, spécialement si l'on croit que l'interlocuteur pourrait se fâcher. Et pourquoi perdre les pédales s'il le fait effectivement? Dans la mesure où l'on continue à parler normalement voire à murmurer! -, il devient extrêmement difficile pour l'autre de continuer à crier.

Quelques trucs

Virage, Volume 10 Numéro 2, Hiver 2004

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